N'oublions pas ces Polonais

qui arrivent en France à l'automne/hiver 1939.

En cette période de commémoration du centenaire de l’arrivée des ouvriers polonais en France, je propose une pause dans les célébrations festives nombreuses et magnifiques au demeurant. Arrêtons de festoyer quelques instants pour lire les quelques lignes qui suivent pour nous souvenir et ne pas oublier ces Polonais obligés de fuir leur pays à l’automne/hiver 1939 pour venir s’installer temporairement en France. Leur migration à travers l’Europe débutera en fin septembre 1939.

1 exil polonaisCes Polonais ne sont pas au sens propre du terme des émigrés volontaires, mais plutôt des exilés, des expulsés, des réfugiés politiques souhaitant échapper à l’ethnocide qu’envisagent deux monstres sanguinaires en terre de Pologne.

C’était il y a 80 ans. N’oublions pas ces quelques funestes dates qui ont conduit la Pologne au dramatique jeudi 28 septembre 1939.

Juillet-août 1939, Le Führer piétine. Les diplomates soviétiques et nazis tardent à finaliser le pacte de non-agression souhaité par Hitler et indispensable pour mener à bien son monstrueux plan de nazification des territoires de l’est...

Enfin le 23 août, Hitler jubile. Ribbentrop se rend à Moscou pour présenter la dernière mouture du document à Staline qui l’approuve.

Mucha 8 wrzesien 1939 warszawa

Le pacte secret de non-agression dit de Ribbentrop/Molotow est signé ; il tient en une page et quart ! Mais quelle étendue des dégâts !

Pacte ribbentrop molotow

L’union et la lune de miel démonique entre ces deux tyrans modernes peut débuter. L’idylle durera jusqu’en juin 1941 quand  Hitler déclenche l’Opération Barbarossa contre l’URSS.

3 couple demoniaque

 

Alors seulement, il était temps, Staline rompt son union avec son Führer préféré et change de partenaires pour rejoindre le camp des Alliés dont font aussi partie les Polonais !

Les trois

Dans ce nouveau couple à trois, Winnie l'Anglais, Joe le Soviétique, Frank l'Américain, lequel des trois va enfumer les autres ?

Le 1° septembre 1939, la Wehrmacht d’Hitler entre en Pologne ; l’Armée Rouge de Staline pénètre en Pologne le 17 septembre 1939. Cette attaque conjointe est fulgurante, foudroyante et lourde de conséquence pour la jeune Pologne … Sans l’aide promise par ses alliés, britanniques et français, la vaillante Pologne ne peut rien pour repousser les envahisseurs entrés par l’ouest et l’est de la Pologne.

Dans Dans ce billetDans ce billet Jacek Rewerski rappelle que l’ordre des choses aurait peut-être été différent si Français et Britanniques n’étaient pas restés immobiles…. Lors du procès de Nuremberg, le général Jodl, chef de l’état-major de la Wehrmacht, affirme : «Si nous ne nous sommes pas effondrés dès 1939, cela est dû simplement au fait que, pendant la campagne de Pologne, les 110 divisions françaises et anglaises à l’Ouest sont demeurées absolument inactives en face des 23 divisions allemandes».

4 lutteEn un peu plus de 3 semaines, les deux plus grandes armées du monde, la Wehrmacht d’Hitler et l’armée Rouge de Staline écrasent, comme prévu dans le pacte secret dit de Ribbentrop/Molotow la vaillante armée polonaise.

Le Samedi 23 septembre 1939, soldats nazis et soviétiques se rejoignent et défilent ensemble dans les rues de Brest-Litovsk pour célébrer la déroute polonaise. La blitzkrieg soviéto-nazie en terre de Pologne est une réussite totale.

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Les généraux Siemion Kriwoszein (URSS) et Heinzem Guderian (III Reich) le 23 septembre 2019 à Brest-Litovsk

Fin septembre 1939, la quasi-totalité de l’armée polonaise est défaite. Quelques unités polonaises continuent à combattre désespérément jusqu’à mi-octobre. Le président polonais et son gouvernement quittent Varsovie le 18 septembre et se réfugient en Roumanie neutre à l’époque. La population et les restes de l’armée polonaise va essayer de prendre la même direction.

18 septembre 1939Il y a 80 ans, la jeune Pologne est crucifiée aux sus et aux vus du monde entier, immobile ou presque. Le 3 septembre 1939 Français et Britanniques déclarent la guerre au Troisième Reich, sans véritablement agir sur le terrain pour soulager l’armée polonaise dans ce combat inégal…

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Finis Poloniae, bis repetita…, Kosciusko avait déjà prononcé ces paroles en 1795.

Le jeudi 28 septembre 1939, un nouveau traité germano-soviétique dit de délimitation et d'amitié est ratifié par l’URSS et le III° Reich.

C’était il y a 80 ans exactement. La Pologne défaite est partagée en deux parts presque égales : Environ 200 000 km² pour toi, cher Joseph et autant pour moi Adolf.

Ce nouveau traité soviéto-nazi définit les zones d’influence des deux puissances et stipule que les deux parties ont l'obligation de prendre des mesures pour prévenir et empêcher toute action de résistance polonaise. Il prévoit également des échanges d’opposants politiques.

7 partage

En 2014, dans un billet intitulé Peut-on considérer l’URSS comme un Allié pendant la 2ème Guerre Mondiale ? Jacek Rewerski nous donnait les détails suivants : La collaboration des deux totalitarismes fonctionne bien. L’Allemagne livre en 1939 à l’URSS près de 14 000 soldats et officiers polonais, tandis que l’URSS transfère à son allié 43 000 polonais, mais également des communistes allemands détenus dans des camps soviétiques. Durant l’hiver 1939/40, la Gestapo et le NKVD se réunissent à plusieurs reprises à Lwów, Kiev et surtout à Zakopane pour coordonner leur coopération. Ces réunions précèdent les massacres et les déportations de masse de Polonais. Le 4 octobre 1939, Beria promulgue un décret interdisant la libération sous aucun prétexte de plusieurs catégories de prisonniers polonais, dont les généraux, les officiers, les fonctionnaires de l’armée, les policiers, les juristes, les propriétaires… L’URSS dans la deuxième partie de la guerre fut-elle notre alliée ? Pas vraiment. Ou plus précisément par défaut, suite à l’invasion allemande, elle s’est trouvée dans les mêmes camps que les Polonais, les Français ou les Britanniques.

On estime que durant les cinq premières semaines de la seconde guerre mondiale, 66 000 Polonais sont morts, 130 000 sont blessés et surtout 660 000 sont fait prisonniers et vont croupir dans les camps Nazis et Soviétiques !

Si certains avaient quelques doutes sur nos dires, je leur conseille de :

  • Lire le chapitre 1 du premier volume de la série : Les clés pour comprendre la Pologne ; 1939-1945 de Jacek Rewerski. Alors qu’en général les livres d'histoire consacrent une voire deux pages sur le sujet, l’auteur consacre 32 pages pour expliquer en détail ce que fut l’enfer de ce mois de septembre 1939 en Pologne.8 pologne
  • Lire les actes du colloque : Le quatrième partage de la Pologne qui s’est tenu à Bruxelles en mars 2015. A la FNAC, pour 8 € ou 4 € vous pouvez obtenir la version papier ou numérique les actes de ce colloque.

9 colloque

  • Visionner cette vidéo récente (3/09/2019 ) François-Guillaume Lorrain du Point raconte comment Hitler et Staline se sont entendus durant les derniers jours août 1939 pour réussir leur campagne de Pologne et son partage.
  • Visionner cette chronique illustrée de la Campagne de Pologne : 1° septembre au 6 octobre 1939.
  • Lire le paragraphe : Déportations de populations et exécutions de masse dans les territoires annexés par l’URSS à la suite du Pacte germano-soviétique du 23 août 1939
  • (Re)voir l’excellent film de ARTE : La blonde province de Himmler : une expérimentation en Pologne. Ou comment Nazis et Soviétiques ont entrepris de "dépoliniser" les territoires polonais annéxés à partir de septembre 1939. 
  •  

N’est-il pas hors sujet, en cette période de célébration de la convention de 1919, de parler de ces Polonais errants de 1939 !

Pas du tout ! Bien au contraire.

10 exilD’octobre à décembre 1939, ce sont près de 100 000 nouveaux Polonais, qui viendront grossir le contingent des 500 000 Polonais déjà présents sur le sol français depuis la signature de la convention franco-polonaise du 3 septembre 1919. Ces Polonais, arriveront en France après un long périple à travers l’Europe principalement en passant par les camps aménagés en Roumanie. Parmi eux, le général Sikorski et les soldats rescapés de l’armée de Pologne mais aussi de nombreux civils.

11 campA partir de décembre 1939 des colonnes de Polonais arrivent en France. La ville d’Angers devient même la capitale de la Pologne en exil. Coëtquidan devient le centre principal de l’armée polonaise en France. Lyon deviendra le point de chute pour les pilotes polonais. Aux dizaines de milliers de soldats venus de Pologne, viennent s’ajouter 35 000 volontaires issus de l’immigration arrivée à partir de 1919.

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Arrivée des Polonais à Coêtquidan 

Plutôt qu’une transcription incomplète, lisez la  brochure de Jacek Rewerski qui décrit comment  ces Polonais s'installent en Anjou.

Des dizaines de milliers d’autres Polonais ne parviendront pas à quitter leur pays occupé. Ils seront arrêtés et envoyés dans les camps de concentration nazis et soviét iques en Siberie ou  au Kazakhstan comme nous l’avons écrit en 2015.

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Soldats polonais prisonniers emmenés dans les camps nazis.

Ces immigrés de 1939 méritent notre reconnaissance et méritent qu’on les célèbre en cette année de commémoration.

Cette armée Polonaise en exil participera à la campagne de France et à l’expédition de Narvik en 1940. Mais pas seulement.

Quand la France de Pétain signe en juin 1940 l’armistice avec le III° Reich, l’armée de Sikorski refuse d’être assimilée à l’armée française. Avec le gouvernement polonais en exil, elle fuit une nouvelle fois la France vers la Grande Bretagne cette fois. Elle continuera à combattre le totalitarisme sur tous les champs de bataille en Europe et en Afrique.

Sur la carte ci-dessous, les étoiles jaunes, les avions ou les bateaux, indiquent les endroits où les soldats de cette armée polonaise en exil se sont illustrés durant la seconde guerre mondiale. Partout, sur tous les fronts. 

15 cartes

Un frère de ma mère, Stanisław Janicki, arrivé en France en 1922 avait conservé la nationalité polonaise. Il rejoint Coëtquidan et l’armée de Sikorski. Il a participé à l’expédition de Narvik en 1940. En 1944, il rejoint l'Armée du général Anders et participe à la campagne d’Italie, avec entre autres la prise Monte Cassino, là où aujourd’hui les coquelicots sont plus rouges parce que abreuvés du sang des Polonais. Dieu merci il fait partie des survivants, mais les séquelles psychologiques ne lui ont jamais permis de retrouver une vie sociale normale.

C’est entre autres pour cet oncle et ses dizaines de milliers collègues venus comme lui de France mais aussi de la lointaine Pologne en 1939 que je me devais d’évoquer cette histoire tragique certes mais au combien glorieuse. Beaucoup ont disparu, beaucoup ont survécu  mais au combien meurtris dans leur chair et dans leur mental.

On retrouvera aussi ces Polonais au côtés du général Maczek, dans la marine ou la Royal Air Forces entre autres.

16 narodowiecC’était il y a 80 ans, Ils sont venus en France, ils ont combattu pour "Notre et votre liberté"  (Za waszą i naszą wolność). Ils méritent à tout le moins notre reconnaissance et qu’on les associe aux cérémonies et aux festivités qui accompagnent notre quotidien en cette année 2019 pleine de célébrations de cette amitié franco-polonaise.

Amitie

Une école libre polonaise est créée en France occupée...

Entre 1940 et 1946 là haut dans les Alpes en zone dite Libre quelques intellectuels dont Godlewski de Lille ont ouvert une école pour les jeunes Polonais déjà en France et obligés de fuir les villes occupées par les Nazis ou fraîchement arrivés de Pologne après la débâcle de septembre 1939.

Bien que courte, l'histoire du lycée Cyprian Norwid de Villard de Lans est un concentré de l'histoire des Polonais et de la Pologne dans la période de la Seconde guerre mondiale et de la juste après guerre. Leur histoire se lit comme un roman de guerre ! Nous vous en recommandons la lecture.

Deux jeunes Oblats, Casimir Czajka et Morz ont aussi participé à cette époppée. 

Après la guerre et après avoir passé le bac dans les Alpes, certains élèves sont rentrés en Pologne et sont devenus des cadres du Parti avant d'en être exclus pour nombres d'entre eux, comme l'auteur du livre Tadeusz Lepkowski. D'autres, une cinquantaine, ont rejoint l'Armée du général Sikorski en Angleterre. D'autres, une vingtaine parmi lesquels Zdislaw Hernik, jeune bachelier, n'ont pas eu cette chance il ont combattu aux cotés des résistants du Vercors et y ont perdu la vie à tout juste 20 ans...

Nous vous recommandons la lecture de ce livre qui se lit comme un roman.

De plus ce livre de 370 pages Une école libre polonaise en France occupée est disponible gratuitement au format PDF. Cliquez sur l'image ci-contre pour lire ce beau livre. 

Promenez vous aussi sur le richissime site du Lycée Cyprian Norwid 

 

Lepkowski

Quid des Rzezniczek, Woryna, Bednorz et autres Misiuda… ?

En tant que Casimirien, cette évocation des émigrés de 1939 serait bancale et incomplète si je ne écrivais pas quelques lignes sur nos pères oblats, ceux qui se sont occupés de notre éducation. Il y avait, Olejnik, Krachulec, Lewicki et tous les autres. Eux aussi font partie de ces exilés de Pologne arrivés en France à l'automne-hiver 1939/40. 

Ils étaient une trentaine de scolastiques à avoir quitté le 6 septembre 1939 le séminaire de Markowice, près de Poznan. Ils comptent se réfugier à l’est du pays, à Kodeń où les Oblats de Marie Immaculée possédent un autre séminaire. Leur séjour à Kodeń sera bref ! Le 17 septembre l’Armée Rouge envahit l’est de la Pologne. Il faut de nouveau fuir, vers le sud maintenant. Au court de cet exode à travers la Pologne, quatre séminaristes seront pris par la Gestapo et fusillés en vertu de l’ordre de "dépolinisation" voulu par Hitler et Staline. Deux autres mourront dans les bombardements de Varsovie. Ils avaient tous entre 20 et 25 ans !

La majorité de ces séminaristes rejoindra la France et l’armée polonaise en exil à Coêtquidan puis au Royaume Uni. Je n’ai pas retrouvé les photos de tous nos Oblats en tenue militaire. En voici un échantillon : P. Bednosz a servi dans les parachutistes, P. Stopa a servi dans la division blindée du général Maczek, les P. Krachulec, Olejnik, Stolarek ont servi dans la RAF... Certains comme le père Misiuda y ont perdu la vie...

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Dans un prochain numéro, nous reviendrons plus longuement sur l'odyssée de cette trentaine de séminarsites O.M.I. à travers la Pologne et l'Europe en cet hiver 1939/40. 

L’internat Saint Casimir dans la presse...

Dans le cadre des célébrations du centenaire de la signature de la convention du 3 septembre 1919, j'ai été contacté par les journalistes de la Voix du Nord et l’Avenir de l’Artois pour leur parler de notre internat saint Casimir. Ils ont publié 3 articles ces dernières semaines sur le sujet. L’œuvre de nos pères Oblats y est rappelée.

Histoire de saint casimirHistoire de saint Casimir

Le château de Vaudricourt et l’internat Saint-Casimir, symboles de la fraternité polonaiseLe château de Vaudricourt et l’internat Saint-Casimir, symboles de la fraternité polonaise

Le château d’Halloy à Vaudricourt se cherche une nouvelle vieLe château d’Halloy à Vaudricourt se cherche une nouvelle vie

 

28 septembre 2019

ZEDER (aka, René Zalisz)

Date de dernière mise à jour : samedi, 22 août 2020