Une épuration éthnique souvent oubliée ou négligée par les historiens sauf par Jacek Rewerski qui lui consacre le chapitre 6 de son livre sur la Pologne 1939-1945. Vous y trouverez tous les détails de cet épisode tenu au silence pour "raison d'état" durant cinquante ans par l'état polonais.
Les soviétiques n’ont jamais accepté les termes du Traité de Versailles de 1919 et surtout pas ceux du Traité de Riga en 1921, favorable à la jeune Pologne. Depuis l’échec de l’Armée Rouge en Pologne entre 1919 et 1921, Staline rêve de « nettoyer » les régions frontalières de l’URSS de toute trace de Polonité. Avant 1939, il nettoiera du coté soviétique.
Entre février 1940 et avril 1941 (voir image ci-dessous), le bon petit père des peuples, aussi connu sous le nom de Joseph Staline organise la déportation de masse de ces « éléments socialement dangereux » ou autres « éléments indésirables » vivants sur les territoires polonais annexés et administrés par l’URSS, depuis septembre 1939.

En 4 convois de 110 à 150 trains, entre 800 000 et 1 300 000 Polonais ont été déportés pour travailler, s’épuiser et mourir dans les goulags des provinces glacées de la Sibérie ou dans les steppes du Kazaksthan.
Il faut se souvenir qu’en août 1939, nos chers, Adolf et Joseph ont signé un accord secret de non-agression et de coopération militaire (Accord Ribbentrop-Molotov).

En septembre 1939 les deux monstres sanguinaires envahissent la Pologne, le Nazi arrive par l’ouest et le soviétique arrive par l’est.
Résultats : en moins de quatre semaines la Pologne est défaite et nos deux compères se la partagent : L’ouest est pour moi, Adolf, l’est te revient de droit mon cher Joseph. Français et Anglais sont restés insensibles et immobiles face aux gesticulations du duo diabolique…La « blitzkrieg » est un succès indiscutable, un modèle du genre. Une nouvelle fois la Pologne disparait de la carte de l’Europe…

La décision de mettre au «vert» ces détestables Polonais, usurpateurs des terres russes en 1918-21, est prise le 9 décembre 1939. L’objectif du bon Staline est de faire disparaitre toute trace de Polonité sur les territoires de l’est de la Pologne, les Kresy, nouvellement occupées et administrées par l’Armée Rouge et le NKVD (ancêtre du KGB).
Selon Wojciech Materski, "le but des déportations, poursuivies jusqu'à la fin de la guerre, était de vider ces territoires des Polonais, puis de les utiliser comme une main d'oeuvre gratuite".
Pour pouvoir bénéficier de ces vacances laborieuses dans les lointaines steppes sibériennes, il suffit d’être reconnu comme polonais, de vivre dans l’est de la Pologne et ne pas reconnaitre ouvertement la souveraineté du prolétariat ouvrier, ce qui fait de vous un "élément socialement dangereux" ou un élément "indésirable". Pour Staline, les soviétiques et les russes en général, la Pologne a toujours été considérée comme une « Nation ennemie ». Une façon simple pour faire la distinction, consiste à poser cette simple question : orthodoxe ou pas ? Les papistes et les juifs seront rassemblés puis embarqués dans les trains à bestiaux pour une expédition vers le Far East.

Ainsi, dans la nuit du 9 au 10 février 1940, 140 000 Polonais sont embarqués dans le premier « convoi de 110 trains » qui se fait dans des conditions dantesques, par des températures de –40° C. Albin Glowacki écrit : "Les gens sont chassés dans la nuit de leurs maisons. Ils ont une heure pour préparer leur bagage et de la nourriture pour un mois. Ils sont entassés dans des wagons à bestiaux sans chauffage et avec un trou dans le plancher pour les besoins naturels. Après un voyage en train qui durait de 2 à 4 semaines, ils arrivaient dans des endroits isolés en Sibérie où ils étaient forcés à effectuer différents travaux, notamment ceux de déboisement et de construction du chemin de fer". Les deux tiers des exportés atteindront la destination finale où ils profiteront d’une réhabilitation par le travail dans les goulags du nord de la Sibérie. On a recencé 132 camps et 3000 lieux de relégation, pseudo villages sommaires isolés dans l'immensité glacée de la Sibérie. Les polonais appellent ces terres "Nieludskie Ziemie" (les Terres Inhumaines).

Au total en quatre convois, ce sont quelques 900 000 à 1,3 million de Polonais qui seront déplacés vers la Sibérie ; Soit un Polonais sur dix, vivant sur les territoires de la Pologne passés sous autorité soviétique. Selon les associations d'anciens déportés, le nombre de Polonais touchés par les déportations soviétiques pourrait atteindre 2,5 millions. Ces camps ressemblent aux camps d'Auchwitz ou de Birkenhau, avec en plus l'isolement au milieu d'étendues desertiques et glacées. Cet environnement naturellement privilégié, a permis à Staline de faire de substentielles économies en fils barbelés !

En 1990, Stéphan Meylac dans un des premiers articles publiés en occident sur le sujet, un article bien documenté, publié dans le Monde, écrit :"Le tribut est à la mesure de ces conditions effroyables : une mortalité de 30 % par an dans les camps, de 15 % à 20 % chez les exilés. Les évaluations du nombre de déportés qui ont péri en l'espace de deux ans varient de 400 000 à 800 000." Dans cet autre article publié en 2017, Roman Sidorski avance le chiffre de 1 700 000 déportés et 900 000 morts !

Ces civils, hommes, femmes et enfants, viennent s’ajouter aux dizaines de milliers de soldats, policiers, notables ou religieux dont les cohortes ont été soigneusement regroupées et assassinées dans les forêts de Katyn, Karkov ou autres Ostaszkov. Eux, c’est pour avoir « combattu le mouvement ouvrier international » qu’ils ont été envoyés ad patres ! Conformément à l’article 58-13 du Code pénal de la grande et belle URSS ! Dura lex sed lex ! Pour tout savoir sur ces assassinats, nous vous recommandons la lecture du chapitre 3, Katyn, massacre dans la forêt du livre de Jacek Rewerski Pologne 1939-1945. Ce livre est une clé incontournable pour comprendre notre Pologne.