Une telle synthèse devrait reposer sur une analyse, de novo, exhaustive, précise et critique de toutes les données brutes disponibles ou pas encore ou peu disponibles (archives grises). Un chantier d'envergure.
En plus des bases de données disponibles sur des sites comme Mémoire des Hommes, et autres, il faudrait aussi pouvoir accéder aux fiches individuelles d'engagement pouvant exister au sein de toutes les unités de la Légion. Mais est-ce possible?
Afin d’éviter les doublons, dans la réalisation de cette synthèse il faudra tenir compte de l’évolution de l’orthographe des patronymes qui a pu être, volontaire ou se modifier au fil des retranscriptions. L’exemple du sous-lieutenant Lucjan Malcz est révélateur. Ainsi, selon le document que l’on consulte, le nom de ce légionnaire polonais peut être orthographié : Malcz, Malz, Malez et même de Malez, avec une particule… Et pourtant l’orthographe de Lucjan Malcz n’est pas trop compliquée comparée à Emil Strzada?a ou Justinian Omieci?ski !
Voilà un joli sujet de thèse pour un jeune historien désireux de clarifier l’épopée, encore peu et mal connue de ces Légionnaires, Polonais d’origine, dans la Grande Guerre !
Pour les mêmes raisons, le décompte du nombre exact des morts, disparus ou blessés est aussi compliqué à établir. Comme on l'a vu plus haut, les chiffres proposées par le député Louis Marin sont probablement sous-évalués. Mais est-il possible de disposer aujourd'hui de toutes les données chiffrées et des listes nominatives exactes? En lisant les Journaux de Marche et Opérations (J.M.O.), lorsque les pertes journalières sont peu nombreuses, le rédacteur prend soin de préciser nom, grade et nationalité des disparus, ... et même la cause de la mort .

Puis comme ce fut le cas durant la campagne d’Artois du printemps 1915, les pertes journalières se chiffrent en dizaines voire centaines d'hommes. Le rédacteur ne rapporte plus que les pertes par grades. Ainsi dans le J.M.O du 2° régiment de Marche on apprend que plus de la moitié des effectifs a été mise hors d'état de combattre suite à la campagne d’Artois de mai et juin 1915. Sans plus de détail.

Extrait du JMO après les combats du 9 mai 1915.

Extrait du JMO après les combats des 16-17 juin 1915.
L’analyse des fiches individuelles officielles disponibles sur le site Mémoire des Hommes, constitue probablement une source fiable mais incomplète pour établir les statistiques des disparus. Ainsi, si on recherche dans cette base le nombre des « Polonais identifiés comme tels » morts pour la France, la réponse à la demande, faite le 20 octobre 2014, est 181, auxquels il conviendrait aussi d’ajouter des irrédentistes Allemands, Austro-Hongrois, Russes ou américains!…
En plus des bases de données disponibles sur des sites comme Mémoire des Hommes et autres, Il faudrait aussi pouvoir accéder aux fiches individuelles pouvant exister au sein de toutes les unités de la Légion.
Il serait aussi intéressant de croiser ces données avec les chiffres obtenus en amont dans les centres de recrutements mis en place, dès juillet 1914, dans de nombreuses villes françaises par Le Comité des Volontaires Polonais pour le Service dans l'Armée Française (Komitet Ochotników Polskich dla S?u?by w Armii Francuskiej) appelé le Comité des Volontaires Polonais (KWP- Komitet Wolontariuszów Polskich); mais aussi dans les autres centres de recrutement de la Légion. Il faut aussi savoir que tous les volontaires, après visite médicale, n'ont pas été retenus pour rejoindre la Légion Etrangère.
Le Bulletin Polonais Littéraire, Scientifique et artistique publié par l’Association des Anciens Elèves de l’Ecole Polonaise constitue une source complémentaire intéressante et fiable d’informations sur la destinée des soldats polonais combattant sur le sol français durant la Grande Guerre. Voir ci-dessous deux exemples d’informations nécrologiques, avec les bonnes orthographes des patronymes ! Ce périodique mensuel, en français, a été réguliérement publié durant toute la guerre.


En conclusion, sur le fait de vouloir connaître aujourd’hui, cent ans plus tard, le nombre exact des pertes humaines, je reprendrais -sans y adhérer totalement - la première phrase tirée de l’extrait ci-dessus de l’Historique du 3° Régiment de marche : À quoi bon d’ailleurs de telles recherches ?
Mais, cependant, rappelons-nous qu'en la matière, le QUI est souvent plus important que le COMBIEN.

Gloire et Honneur à Tous ces Héros identifiés et anonymes qui sans se poser de question, ont fait le sacrifice leur vie pour "Leur et Notre Liberté". (Za Wasz? i Nasz? Wolno??),
