Le déclenchement de la guerre en 1914 fait naître chez les Polonais de France l'espoir d'une renaissance de la Pologne. Le Comité des Volontaires Polonais pour le Service dans l'Armée Française (Komitet Ochotników Polskich dla S?u?by w Armii Francuskiej) appelé le Comité des Volontaires Polonais (KWP- Komitet Wolontariuszów Polskich) est créé le 31 juillet 1914. Le recrutement des volontaires debute le 21 août 1914. Des centaines d'émigrés polonais, pour la plupart ouvriers mineurs, ouvriers agricoles, commerçants ou intellectuels installés à Paris vont se rendre dans les centres de recrutement.
Pour ces patriotes polonais, vivant ou en villégiature en France, tout commencera au 10, rue Notre Dame de Lorette à Paris. Pour beaucoup d’entre eux, la vie se terminera près de Notre Dame de Lorette, dans le Pas de Calais, aux Ouvrages Blancs, au lieu-dit la Targette à Neuville Saint Vaast le 9 mai 1915 et 16 juin 1915 à Souchez. Etrange destin de ces volontaires polonais! Dont le parcours militaire peut se résumer à cette phrase : "De Lorette à Lorette !"
Dans un livre à paraitre sur le sujet, Gabriel Garçon signale que des bureaux de recrutements pour les Polonais s’ouvrent un peu partout en France. A l’automne 1914, près de deux mille volontaires polonais seront enrôlés dans la légion étrangère. Ainsi, Paris fournit 500 volontaires, Abbeville et Douai – 300, Marseille – 100… Gaby nous attendons avec impatience la sortie de ton ouvrage.
L'histoire de ces Basco-polonais a été briévement racontée dans les lignes ci-dessous extraites du chapitre 2 du livre de Jean Anglade "Coeur étranger". Il raconte l'histoire de Karl Wasielewski, un polonais de Waziers, devenu un "bayonnais" sous le nom de Charles Olharan.


Afin de ne pas deplaire à son allié russe, la France ne va pas autoriser la levée d'une armée polonaise sur le sol français. Ces Polonais seront donc des engagés volontaires pour la durée de la guerre (EVDG) dans la Légion étrangère pour combattre contre les Empires allemand et austro-hongrois. Ils reçoivent au préalable une instruction militaire; un contingent à la caserne Reuil et un autre à Bayonne d’où leur nom « les bayonnais » "Bajo?czycy". Comme on peut le voir sur le tableau de Jan Styka ci-dessous, à l'automne 1914, les soldats polonais portent l’uniforme français : le pantalon rouge garance, modèle 1887, qui fait d'eux des cibles idéales pour la mitraille allemande. Puis la tenue sera bleue.
Ces volontaires polonais de France sont ensuite intégrés dans les 2° et 3° Régiments de marche du 1er Régiment Etranger. Ils vont monter au front dès novembre 1914 en Champagne et en Picardie, puis en Artois au printemps 1915.
Une histoire en Polonais de ces Bayonnais est disponible sous ce lien.

Rêve du soldat polonais : combattre pour la France et voir renaitre la Pologne. Tableau de Jan Styka, exposé au musée de Lublin.
Max Doumic est un architecte parisien, lieutenant de réserve de 52 ans. Engagé volontaire en juillet 1914 il rejoint le 1er régiment étranger où Il formera la compagnie de soldats polonais "les Bayonnais". Il a rapidement gagné la sympathie de ses subordonnés polonais. Il est probablement le premier officier "Bayonnais" à mourrir au combat le 11 novembre 1914.

Lieutenant Max Doumic (cerclé) avec les jeunes recrues polonaises à Bayonne en septembre 1914.
Lire le récit de la mort de Max Doumic dans l'historique du Régiment. Henry Bordeaux raconte son histoire dans les "les trois tombes".
Durant la campagne de Champagne en octobre et novembre 1914, en plus de la mission de combattants, les soldats polonais enrôlés dans la Légion Etrangère française avaient aussi une mission de "propagande". Pendant les periodes de "calme" entre deux charges à la baillonette, la nuit, souvent equipés d'un porte-voix, ils haranguaient en langue polonaise leurs compatriotes dans les lignes ennemis afin de les convaincre d'abandonner la Triple Alliance et rejoindre les unités françaises. On appelait ces transfuges des prisonniers "volontaires" formule moins péjorative que traitres ou deserteurs. Un certain nombre d'entre eux rejoindra l'armée polonaise de France à partir de 1917 -voir plus bas l'Armée Bleue-. Cet épisode remarquable est raconté dans le Journal de Marche et Opérations (JMO) du 50 Régiment d'Infanterie en pages 6 et 7. Cliquer sur l'image ci-dessous pour atteindre ce document d'époque.

Après la première bataille de la Marne à l'automne 1914 et la campagne d’Artois du printemps 1915, il ne reste que quelques dizaines de bayonnais valides qui rejoindront d'autres régiments français. Certains comme Marian Himner rejoindront l’école des pilotes de Pau (voir plus bas).
Au terme du conflit, le drapeau de la légion des Bayonnais ira en Pologne. Il est exposé au musée militaire de Varsovie. Le régiment des Bayonnais a été décoré entre autres de la Croix de Guerre avec Palme (France) et de la Virtuti Militari (Pologne).

... Batiniolczycy (les Batignollais).
Pour être complet dans cette évocation des polonais durant la première guerre mondiale, il convient d’évoquer tous ces fils et petit-fils d’émigrés polonais en France qui ont opté pour la nationalité française avant le début du conflit. En conséquence, ces franco-polonais ont servi dans l’armée française.
Par analogie avec les Bayonnais (Bajonczycy), dans son ouvrage en préparation sur ces Polonais de 14-18, notre ami Gabriel Garçon reprend le terme de Batiniolczycy pour qualifier tous ces Français – Polonais de souche. Ce nom fait référence à l’école polonaise des Batignolles créée en 1842 où beaucoup de ces jeunes ont suivi leur scolarité.
On trouve de nombreuses traces écrites de ces Batiniolczycy et autres Polonais dans le Bulletin Polonais. Cette revue en français éditée par l’Association des anciens élèves de l'École polonaise des Batignolles (Paris) a été publiée entre 1888 et 1922.
Ainsi, des listes de soldats avec leur affectation ont été régulièrement publiées dans les colonnes de cette revue ; comme ci-dessous cette liste d’une trentaine de soldats avec leur affectation publiée dans le numéro de mars 1915.

On trouve aussi dans ce Bulletin Polonais, de nombreuses informations sur les parcours de ces soldats polonais. Ainsi on apprend dans le numéro de juillet 1917 que les frères Ladislas et Stanislas Lewenhard ont été distingués pour leur bravoure.

Parfois, comme on peut l’imaginer en lisant les deux extraits ci-dessus et ci-dessous, sans le savoir, des Bajonczycy et des Batiniolczycy ont combattu côte à côte. Ainsi le 8 mai 1915, l’Aspirant Stanislas Lewenhard, un Batiniloczyk, artilleur au 59° régiment d’Artillerie, pilonnait les Ouvrages Blancs alors que les Bayonnais de la compagnie C du 2° Régiment de Marche du 1° Etranger, postés à Neuville saint Vaast, se préparaient à l’assaut de ces Ouvrages Blancs le jour suivant.
Des pages entières de cette revue sont aussi dédiées à la rubrique nécrologique pour annoncer la disparition de ces Polonais morts pour la France. Comme ci-dessous dans le numéro d’octobre 1915.


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Nous vous recommandons de feuilleter cette revue intéressante où vous pourrez suivre le « déroulé » de cette Guerre à travers le prisme des Polonais de France. A titre d’exemple, lisez le verbatim de la conférence donnée à Lausanne en janvier 1915 par Henryk Sienkiewicz (69 ans) exhortant les nations civilisées à venir en aide aux populations polonaises obligées de vivre sur la ligne du Front de l’Est. On oublie souvent qu’à l’Est, là-bas, très loin, aux confins de la Pologne et de la Russie, 7 millions de soldats russes, autrichiens et allemands se battaient aussi sur un front de près de 1000 kilomètres. Comme on peut le voir sur la carte ci-dessous, cette ligne de front traversait les terres polonaises du nord est au sud ouest, obligeant des centaines de milliers de Polonais à l’exode, la misère et la famine…Sienkiewicz compare la vie de ces Polonais à celles des belges et des populations du nord de la France durant la même période...

Les Juifs polonais et russes de France.
Parallèlement à la mobilisation des polonais catholiques, le recrutement va aussi s’organiser au sein de la communauté juive de Paris dès le début du mois d’août 1914. Sur les 8500 juifs étrangers qui se présentent dans les bureaux de recrutement, 3400 seront enrôlés dans la légion étrangère. Combien sont d’origine polonaise : quelques centaines certainement, probablement plus. Ces juifs étrangers incorporés dans la Légion étrangère participent dès l’automne 1914 aux principales batailles de la Marne, de la Somme et de l’Artois. Des centaines y trouvent la mort.
Deux liens pour en savoir plus sur les contributions de la communauté juive de France durant ce conflit. Les Juifs dans la Grande Guerre et Juifs russes pendant la Grande Guerre.