Episode 7 L’amitié franco polonaise dans la littérature et la presse

 

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L’amitié entre la France et la Pologne s’est aussi écrite dans les livres, les journaux et les revues, à la croisée des mots et des idées. Elle s’est incarnée dans le livre papier, cet objet vivant, tangible, que l’on feuillette, que l’on offre, que l’on garde. Le livre est le témoin silencieux de cette fraternité intellectuelle : il traverse les frontières, les régimes, les générations, et garde la trace des voix qui ont voulu relier nos deux peuples.

Le livre papier ou PDF dématérialisé ?

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Le livre papier garde un charme irremplaçable : le contact du papier, l’odeur de l’encre, la sensation de  tourner les pages créent une expérience physique et intime que le numérique ne reproduit pas. Il offre   aussi un confort visuel naturel, sans lumière bleue, et une présence matérielle qui donne parfois plus de poids à la lecture. Chaque page d’un livre peut être annotée et des fiches de lecture peuvent être créées pour chaque livre. Il offre aussi  un confort visuel naturel, sans lumière bleue, et une présence matérielle qui donne parfois plus de poids à la lecture. 

Le PDF dématérialisé mise sur la praticité. Facile à transporter, à stocker et à rechercher, il permet d’emporter une bibliothèque entière dans une poche. Il facilite aussi l’annotation, le partage et l’accès immédiat à des ouvrages rares ou épuisés. Son principal atout reste sa disponibilité instantanée. Mais il faut être un peu geek.

En somme, le papier privilégie le plaisir sensoriel et la concentration, tandis que le PDF mise sur la mobilité et l’efficacité. Les deux formats ne s’opposent pas vraiment : ils répondent simplement à des usages et des moments différents. Personnelement quand je dois lire un document PDF, souvent je l'imprime; réflexe d'ancien. Je suis un grand consomateur d'encre et de papier(feuilles imprimées recto/verso)

Le livre dans la construction de l’amitié franco polonaise

En Pologne, le livre imprimé garde une valeur symbolique forte : il est perçu comme un objet de transmission et de résistance culturelle. Les librairies indépendantes et les foires du livre mettent régulièrement à l’honneur la littérature française, souvent en partenariat avec l’Institut Français. Les traductions sont soignées, et les éditions bilingues permettent aux étudiants de lire Hugo ou Houellebecq dans les deux langues.

Les écrivains polonais ont trouvé en France une terre d’accueil littéraire, un espace de liberté et de création. De Mickiewicz à Miłosz, de Gombrowicz à Szymborska, leurs œuvres ont enrichi la langue française, parfois traduites, parfois inspirées par elle. Et, en retour, les auteurs français ont souvent regardé vers la Pologne pour y puiser une leçon de courage, de lucidité et de fidélité.

On trouve de nombreuses oeuvres classiques (pas assez à mon goût) de la littérature polonaises sur étagères de nos médathèques en France; Mickiewicz, Sienkiewicz etc ... 

Vous trouverez une abondante information sur les écrivains polonais publiés en France grâce à la page dédiée de la Bibliothèque nationale de France, Littérature polonaise traduite en français, qui recense les traductions, les auteurs majeurs et les grandes périodes de réception de la littérature polonaise dans l’espace francophone. 

À cela s’ajoute naturellement la richesse documentaire de la Bibliothèque polonaise de Paris, véritable lieu de mémoire de la présence intellectuelle polonaise en France, où sont conservés ouvrages, archives, revues et éditions rares.

Pour l’achat d’un livre en polonais ou d’un ouvrage consacré à la Pologne, rien de tel que de consulter le site de la Librairie polonaise de Paris, qui demeure la référence historique pour les lecteurs francophones et polonophones.

Enfin, le site Polona, la grande bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de Pologne, offre un accès libre à des milliers d’œuvres : classiques de la littérature, manuscrits, éditions anciennes, presse, iconographie. Une ressource de premier ordre pour découvrir ou approfondir la littérature polonaise dans toute son ampleur.

Kultura : une maison d’exil devenue capitale de la liberté

Il existe, en région parisienne, un lieu discret qui fut pourtant l’un des cœurs battants de la liberté littéraire  polonaise au XXᵉ siècle : l’Institut littéraire Kultura, installé à Maisons‑Laffitte. 

Née en 1946 parmi les soldats du 2ᵉ Corps polonais du général Anders, cette revue fondée par Jerzy Giedroyc, Józef Czapski, Zofia et Zygmunt Hertz est devenue bien plus qu’un simple périodique. 

C’était une maison d’édition, un refuge intellectuel, un laboratoire d’idées, et pour beaucoup, une patrie de papier lorsque la Pologne était bâillonnée par le totalitarisme.

D’abord établie à Rome, Kultura s’installe en 1947 à Maisons‑Laffitte. Dans cette maison modeste, une poignée d’exilés va mener pendant plus d’un demi‑siècle un combat acharné : sauvegarder l’identité polonaise, défendre la liberté d’expression, et maintenir un lien vivant avec ceux qui, en Pologne, n’avaient pas le droit de parler.

Kultura publie alors ce que la censure interdit : des écrivains comme Gombrowicz, Miłosz, Herling‑Grudziński, Czapski, mais aussi des auteurs russes, ukrainiens ou lituaniens réduits au silence chez eux. 

La revue devient une fenêtre ouverte sur l’Europe de l’Est, un pont entre les peuples, un espace où l’on pense l’avenir au‑delà des frontières imposées.

Pendant des décennies, l’Institut littéraire organise la diffusion clandestine de ses livres en Pologne et dans tout le bloc soviétique. Il soutient les dissidents, envoie du matériel d’imprimerie, nourrit les samizdats, et offre un lieu de rencontre aux intellectuels de passage. Dans les années 1970, Kultura collabore même avec Soljenitsyne, Sakharov, Brodsky, ou encore Natalia Gorbanevskaïa.

Lorsque la revue cesse de paraître en 2000, à la mort de Giedroyc, son héritage est immense. Les archives de Kultura : plus de 60 000 documents, 637 numéros de la revue, 171 Cahiers d’Histoire, sont aujourd’hui conservées et numérisées à Maisons‑Laffitte, inscrites au Registre Mémoire du monde de l’UNESCO.

Kultura n’était pas seulement une revue: c’était une nation spirituelle, un phare pour les Polonais dispersés, un lieu où l’on croyait encore que la littérature pouvait changer le monde. Et depuis la France, elle a contribué à préparer le retour de la liberté en Pologne.

Voici le lien pour accéder en ligne au formidable héritage de Kultura Paryska

Maisons d'éditions actuelles proposant la publication autour de la Polonia

Après la disparition de Narodowiec en 1989 et de Kultura en 2000, il y a en France plusieurs grandes maisons généralistes qui publient régulièrement des auteurs polonais classiques ou contemporains (Gallimard, Actes Sud, Noir sur Blanc, Le Bruit du Temps,...).

Je vous propose de découvrir une jeune maison d'édition, 25 ans d'age qui depuis ses débuts publie des ouvrages autour de la Polonia de France.

Pour illustrer cette nouvelle amitié littéraire France Pologne autour du livre, je vous propose cette autre vidéo où Hania Raczak propose la lecture en Français et en Polonais d'une page et demi de son roman "les Trois Ski en Pologne" édité aux éditions NordAvril.

Deux livres pour raconter la Polonia des années 20‑30 : mémoire, exode et transmission

Parmi les nombreuses publications parues à l’occasion du centenaire de l’arrivée massive des ouvriers polonais en France, deux ouvrages méritent une attention particulière. Ils figurent aujourd’hui sur les étagères de la bibliothèque de l’ambassade de Pologne à Paris, témoins vivants d’une mémoire partagée entre les générations.

1. De si longs chemins… — L’exode rural des Polonais en Périgord

Édité par l’Association franco‑polonaise de Dordogne, présidée par Yves Flet, ce livre de 75 pages retrace avec sensibilité le parcours de plusieurs familles polonaises venues s’établir dans le Sud‑Ouest pendant l’entre‑deux‑guerres.
Richement illustré, il évoque non seulement le travail agricole, mais aussi les réussites industrielles, comme celle d’André Kubrak, qui fit une brillante carrière chez le fabricant de chaussures Bata.
Un ouvrage à la fois documentaire et humain, à découvrir absolument.

2. Za chlebem / Pour du pain — 27 vies d’émigrés polonais

Fruit de plusieurs années de recherche, ce livre est signé Hania Raczak, qui a patiemment rassemblé souvenirs, documents et photographies sur le site et la page Facebook “Centenaire de l’émigration polonaise” qu’elle a créée et administrée entre 2018 et 2024.
De cette vaste collecte, elle a extrait 27 tranches de vie, présentés dans un volume bilingue de 250 pages, en français et en polonais.
Chaque histoire, chaque visage y incarne la quête de dignité et de travail — ce “pain” qui donna son titre à l’ouvrage.

Deux vidéos à découvrir autour de ces livres

La presse polonaise en France : un fil continu, de Wiarus Polski à la page Nowa Polska

La presse polonaise en France occupe, depuis plus d’un siècle, une place essentielle dans la vie de la Polonia. Elle a accompagné les générations successives d’exilés, d’ouvriers, d’étudiants, de militants culturels et de familles venues du bassin minier. De simples bulletins associatifs aux journaux d’envergure nationale, elle a constitué un espace de langue, de mémoire et de solidarité.

1. Les débuts : les bulletins des anciens élèves de l’École polonaise

Dès la fin du XIXᵉ siècle, les anciens élèves de l’École polonaise de Paris publient des bulletins internes, modestes mais précieux.
Ils y consignent les nouvelles de la communauté, les parcours des anciens, les initiatives culturelles et les hommages aux figures de l’émigration.
Ces publications témoignent d’une volonté farouche de maintenir la langue et l’identité polonaises dans un contexte d’exil durable.

2. Wiarus Polski et Narodowiec : la grande presse ouvrière du Nord

Avec l’arrivée massive dans les années 20-30 des travailleurs polonais dans les mines du Nord et du Pas‑de‑Calais, la presse polonaise change d’échelle.

Wiarus Polski, Journal de proximité, informe les familles ouvrières, relaie les nouvelles de Pologne et accompagne la vie quotidienne des cités minières.

 Narodowiec, publié à Lens, devient le plus grand quotidien polonais publié hors de Pologne. Il offre une presse complète : actualité internationale, vie syndicale, culture, feuilletons, annonces. Pour des milliers de familles, il fut le lien vital entre la France, la Pologne et la diaspora.

3. La presse religieuse : Głos Katolicki et Niepokalana, Nasza Rodzina

À côté de la presse ouvrière, un autre pilier s’impose : la presse religieuse, très influente dans la Polonia.

Głos Katolicki, Fondé après la Seconde Guerre mondiale, il devient le journal catholique de référence pour les Polonais de France.

Niepokalana, plus modeste mais profondément enraciné dans la spiritualité populaire, il diffuse une culture religieuse vivante et accessible. Il a été créé par les pères oblats polonais de Marie immaculée, les mèmes qui ont créé l’internat saint Casimir de Vaudricourtdont je suis un élèves.

Ces journaux ont contribué à maintenir une identité spirituelle forte, même lorsque la langue polonaise reculait dans les foyers.

4. Tygodnik Polski : une autre voix pendant la période communiste

Durant les décennies où la Pologne vivait sous le régime communiste, Tygodnik Polski, publié en France, offrait une information, libre de la censure. Il soutenait les milieux démocratiques, relayait les voix de l’opposition et constituait une fenêtre ouverte sur la vérité pour les exilés.

5. Les Échos de la Polonia : une voix associative aujourd’hui disparue

Parmi les initiatives plus récentes, il faut rappeler Les Échos de la Polonia, un journal associatif dynamique qui a longtemps rendu compte de la vie culturelle, sociale et mémorielle de la Polonia en France. Malheureusement, la publication s’est arrêtée en 2016, laissant un vide dans le paysage médiatique polonais en France. Elle demeure dans la mémoire de nombreux lecteurs comme un lieu d’expression libre et fraternel.

6. Les nouvelles publications associatives : Dzień Dobry et Echo Polonii

Aujourd’hui, malgré la disparition des grands titres historiques, la presse associative continue de vivre grâce à de nouvelles initiatives locales et bénévoles.

Dzień Dobry, Bulletin moderne, convivial, il relaie en ligne les activités culturelles, les fêtes, les rencontres et les projets de la communauté polonaise.

Un deux Troyes Pologne, Publication récente en ligne met en valeur les associations, les initiatives intergénérationnelles et les actions de mémoire.
Ces initiatives parmi d'autres témoignent d’une Polonia vivante, inventive, attachée à transmettre son héritage.

7. Aujourd’hui : L’Avenir de l’Artois et sa page Nowa Polska

Chaque semaine, L’Avenir de l’Artois publie une page Nowa Polska, devenue l’un des derniers espaces réguliers consacrés à la culture polonaise dans la presse régionale française. Elle met en valeur l’histoire de la Polonia, relaie les initiatives culturelles et maintient un lien vivant entre les générations.De nombreuses pages Nowa Polska sont disponibles sur le formidable site Traces Polonaises en France dont nous reparlerons plus tard.

8. En conclusion: malgré de trop nombreuses disparitions, une continuité remarquable

De la feuille ronéotypée des anciens élèves de l’École polonaise aux grandes heures de Narodowiec, de la presse religieuse aux journaux libres de l’exil, des bulletins associatifs aux pages contemporaines comme Nowa Polska, la presse polonaise en France raconte une histoire continue : celle d’une communauté qui a voulu écrire, transmettre, se souvenir et rester unie.

Où trouver des traces tangibles de cette presse de l'émigration polonaise en France

Vous trouverez sur le site de l’Université Paris‑Nanterre, via la plateforme Argonaute, une liste très complète de journaux polonais publiés en France, ainsi que l’accès direct dont Narodowiec, Wiarus Polski ou encore Polonia dont je vous ai parlé au premier épisode de notre feuilleton. Utilisez la liste interactive sur la gauche de cette page.

Sur le site de la BNF, de nombreux autres journaux et périodiques polonais aujourd’hui disparus sont disponibles en ligne comme par exemple Bulletin des anciens élèves de l’École polonaise de Paris, publié entre 1888 à 1922. Je vous recommende sa consultation pour découvrir des informations sur notre Polonia du début du siécle.

Etrangement mais aussi heureusement, les 58 numéros la belle et riche revue Echos de la Polonia publiées en France entre 2005 et 2016, ne sont pas disponibles sur de sites français mais sur le richissime site PBC Polonijna Biblioteka Cyfrowa. Site à découvrir absolument avec une page d’accès à la presse de l’emigration polonaise dans le monde. Vous y retrouverez des journaux récents aujourd’hui disparus comme par exemple le Dzien Dobry, journal gratuit, publié à Paris entre 1996 et 2016.

Enfin et pour terminer je vous recommande la lecture de cette page du journal Le Temps du 10 avril 1914, où Henri Vimard fait un long article intitulé Une colonie polonaise en France, probablement un des premiers articles dans un journal national, sur ces petites Pologne qui se dévelloppent autour des puits de mines dans le nord de la France. A decouvrir au bas de la page 3 de ce numéro du Journal Le Temps. 

La page Nowa Polska un lien vivant avec la Polonia depuis 1989

La page Nowa Polska est devenue, au fil des années, un véritable pont entre la région de l’Artois et la communauté polonaise qui y est implantée depuis plus d’un siècle. Elle s’adresse aussi à cette Polonia dispersée dans toute la France, pour qui elle constitue un repère culturel, un espace de mémoire et un lien vivant avec les racines familiales.

Aujourd’hui encore, Nowa Polska incarne une mémoire chaleureuse, fraternelle et profondément vivante, où se croisent l’histoire des mineurs, l’identité polonaise transmise de génération en génération et un avenir partagé entre France et Pologne.

Figure incontournable de cette aventure éditoriale, Christian Nowicki collabore depuis plus de quarante ans à L’Avenir de l’Artois. C’est lui qui a développé, au début des années 1990, la page Nowa Polska, devenue au fil du temps un rendez‑vous attendu par des milliers de lecteurs.
Son travail patient, passionné et rigoureux a permis de préserver et de transmettre l’héritage de la Polonia de l’Artois.

Cliquez sur l’image ci‑dessous pour découvrir dans cette vidéo les coulisses de Nowa Polska.

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Une bibliothèque numérique entièrement à votre disposition

La page France–Pologne de la BnF est une bibliothèque numérique collaborative et bilingue, créée en partenariat avec la Biblioteka Narodowa, la Bibliothèque nationale de Pologne. C’est un espace interactif où l’on peut se promener librement parmi plus de 4 000 documents : livres anciens, manuscrits, cartes, estampes, photographies, partitions, podcasts et vidéos.

Organisé en grandes rubriques thématiques, Rois et souveraines, Grandes Heures, Sciences et Arts, Littérature et idées, ce corpus éditorialisé permet de découvrir, presque comme dans un musée virtuel, des siècles d’échanges littéraires, artistiques, scientifiques et culturels entre les deux pays.

Chaque section est enrichie d’articles rédigés par des chercheurs et des conservateurs, ce qui transforme la navigation en une véritable exploration guidée : on clique, on ouvre, on zoome, et l’on voit apparaître des fragments d’histoire, des portraits, des récits, des partitions, des traces de vie. Une promenade érudite et vivante dans la mémoire franco‑polonaise.

Voici le lien pour y accéder 


ZEDER (Zalisz René), 18 avril 2026.

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Date de dernière mise à jour : Wednesday, 22 April 2026