Dans les Hauts‑de‑France, loin des projecteurs , des femmes et des hommes comme Geneviève Spik et le docteur Andrzej Burzyński ont porté haut l’intelligence, la solidarité et l’héritage polonais. Leur œuvre scientifique, leur engagement humain et leur fidélité à la communauté méritent d’être reconnus en cette Journée de l’Amitié France‑Pologne du 20 avril.
Loin des projecteurs people et des salons parisiens trop bien repassés, des femmes et des hommes comme Geneviève Spik et le docteur Andrzej Burzyński ont fait avancer la science, la médecine de proximité et la solidarité dans les Hauts‑de‑France, en silence mais avec une grandeur qui mérite enfin d’être reconnue.
Une grande dame de la biochimie lilloise, fille de la Polonia, pionnière dans l’étude du lait maternel (le lait de femme)… et une pédagogue inoubliable
Il est des personnes qui marquent une vie, un laboratoire, une génération entière de chercheurs.
Pour moi, Geneviève Spik — Genia, comme je l’appelais parce je partageai la même origine polonaise et de plus elle celle qui m’a appris la biochimie et c’est dans son laboratoire que j’ai passé mon DEA de biochimie. Elle fut de celles qui laissent une empreinte indélébile.
Et pour l’Université de Lille, elle fut bien plus qu’une scientifique : une figure fondatrice, une voix, une présence.
Née à Libercourt en 1938, au cœur du bassin minier où tant de familles polonaises avaient trouvé refuge, elle porta toute sa vie cette double identité : la rigueur scientifique française et la chaleur fraternelle de la Polonia du Nord.
Jean‑Claude Michalski, qui lui succéda à la tête du laboratoire, le rappelle avec émotion dans sa nécrologie : elle était une femme de science, mais aussi une femme de cœur, profondément attachée à ses étudiants et à ses racines. Il termine cette nécro par ces simples mots en polonais : “Dziekuje bardzo Genia, do zobaczenia,
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Une pionnière dans l’étude du lait maternel (lait de femme)
Dans les années 1980‑1990, alors que la biochimie du lait humain n’en était qu’à ses débuts, Geneviève Spik ouvre une voie nouvelle.
Elle étudie les protéines du lait de femme, les facteurs de croissance, les lactoferrines, et identifie en 1991 la cyclophiline B, découverte majeure pour comprendre l’immunité du nourrisson.
Ses travaux ont eu un impact direct sur la société :
ils ont permis aux industriels de concevoir des laits maternisés mieux tolérés, plus proches du lait maternel que les poudres issues du lait de vache.
Une avancée discrète mais immense, qui a amélioré la santé de millions d’enfants.
Une pédagogue rare, exigeante et lumineuse
Ceux qui ont travaillé avec elle — et j’en fais partie — savent qu’elle possédait un don pédagogique exceptionnel.
Elle savait rendre limpides les mécanismes les plus complexes, expliquer l’invisible, transmettre la passion de la recherche avec une clarté et une humanité rares.
Dans son laboratoire, on apprenait la science, mais aussi la loyauté, la modestie, la solidarité.
Elle forma des générations de chercheurs, dont plusieurs deviendront à leur tour des figures de la biochimie lilloise.
Elle n’est pas reconnue comme Marie Curie… mais elle en a l’étoffe.
Cette phrase, j’y tiens. Elle dit tout.
Geneviève Spik n’a pas la notoriété mondiale de Marie Skłodowska‑Curie.
Mais elle en avait la trempe, la rigueur, la ténacité, la profondeur humaine, et ce mélange unique de modestie et de force intérieure que l’on retrouve chez tant de femmes de science issues de la diaspora polonaise.
Elle n’a pas cherché la gloire. Elle a choisi la transmission, la recherche, l’humain. Et c’est peut‑être là que réside sa grandeur.
Un héritage vivant : le Geneviève Spik Award
Aujourd’hui encore, son nom continue de rayonner dans la sphère scientifique internationale. Lors de chaque conférence internationale sur les lactoferrines, un prix prestigieux — le Geneviève Spik Award — récompense un jeune chercheur travaillant sur les constituants du lait maternel.
C’est un hommage magnifique : Genia continue ainsi d’encourager les jeunes, comme elle l’a fait toute sa vie.
En 2023, le Geneviève Spik Award a été attribué à la chercheuse italienne Giusi Ianiro pour ses travaux innovants sur la lactoferrine, en particulier son rôle antioxydant, anti‑inflammatoire et antiviral dans des modèles cellulaires exposés à des protéines virales telles que Spike de SARS‑CoV‑2 et Tat du VIH‑1, ainsi que pour ses recherches récentes sur son potentiel effet neuroprotecteur dans un modèle in vitro de la maladie de Parkinson.
Une femme de science, une femme de la Polonia, une femme d’exception
Geneviève Spik incarne ce que la diaspora polonaise du Nord a apporté de meilleur à la France : le travail, la ténacité, la fidélité, la chaleur humaine, et cette capacité à élever les autres.
Pour moi qui l’a connu personnellement, elle fut une directrice d’étude, une guide, une présence.
Pour Lille, elle fut une grande scientifique.
Pour la communauté internationale, elle reste une référence.
Pour la Polonia, elle demeure une fierté.