Pour Albert Camus, qui admirait la dignité du peuple polonais, « l’amitié, c’est la fidélité ». Une phrase brève, mais qui dit tout : l’amitié n’est pas un élan passager, c’est une constance. Et cette phrase du Petit Prince, « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux » s’applique aussi merveilleusement à la relation entre nos deux nations : elle repose sur une compréhension intime, non sur les apparences.
Miłosz rappelle que « la vraie patrie est celle que l’on porte en soi ». Szymborska ajoute : « Nous ne savons rien l’un de l’autre, et pourtant tout nous unit ». Gombrowicz, enfin, affirme que « l’homme a besoin de l’autre pour devenir lui‑même. »
Aristote écrivait que « l’amitié est une âme en deux corps », et Montaigne résumait avec ce : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi ».
Peut‑être que le secret de l’amitié franco‑polonaise se trouve dans un subtil mélange de ces citations : une fidélité intérieure, une manière de se reconnaître au‑delà des frontières et des siècles. L’amitié est une empathie durable entre deux entités qui se reconnaissent dans des valeurs et des aspirations communes. Elle naît d’une proximité spontanée, se nourrit de confiance, s’enracine dans une mémoire partagée.
Entre nations, l’amitié devient une manière d’habiter l’histoire ensemble, de se tenir l’une près de l’autre lorsque l’orage gronde.
La couverture de la revue Polonia du 12 février 1916 est certainement une magnifique illustration de cette amitié qui existe entre la France et la Pologne. Elle a été réalisé par Konrad Henryk Wagner, en exil à Paris, et représente la Marianne française en guenille affaiblie qui partage malgré tout avec l’aigle polonais les quelques miettes de pain dans le creux de sa main; preuve que l’amitié se vit aussi pendant les moments douloureux...