Au moment du déclenchement de la Première Guerre mondiale en août 1914, des affiches appelèrent les Polonais résidant en France à s’engager dans une « Légion polonaise au service de la France ». Mais l’Etat polonais n’existait plus depuis 1795, date du 3e partage de la Pologne entre les puissances voisines (Allemagne, Autriche et Russie). Le livre commence par rappeler l’état de la question polonaise en 1914, les différentes orientations parmi les partis politiques polonais, ainsi que les démarches du Comité des Volontaires polonais à Paris pour organiser une force armée à l’Ouest.
Mais la France, liée par l’alliance franco-russe de 1893, ne pouvait organiser d’unités militaires purement polonaises comme sous Napoléon Ier avec les fameuses légions de D?browski. Seule la Légion étrangère, créée à cet effet par l’ordonnance royale de Louis-Philippe en 1831, offrait un cadre d’emploi des étrangers sous le drapeau de la France. C’est donc la Légion qui accueillit les Polonais désireux de combattre pour la défense de la France et la liberté de la Pologne.
L’ouvrage retrace l’histoire de ces volontaires, en particulier des « Bayonnais » qui formèrent la « compagnie polonaise » du bataillon C du 2e Régiment de Marche de la Légion, ainsi appelés car c’est à Bayonne que se fit leur instruction militaire, mais aussi des « Ruellois » (3e Régiment de Marche de la Légion formée à Rueil) et des autres engagés disséminés dans les différentes unités.
Un chapitre est consacré à leur destin militaire au cours de la 2e offensive d’Artois en 1915 : l’assaut du 9 mai sur la cote 140 de Vimy (deux ans avant la prise de la crête par les Canadiens en 1917 !), la bataille du 16 juin devant Souchez. Des cartes permettent de suivre le déroulement des opérations. L’établissement de quinze listes nominatives réalise un des buts majeurs de l’étude : rendre hommage à ces combattants de la première heure en leur donnant une identité et, si possible, un visage, en les tirant de l’anonymat dans lequel ils sont restés plongés trop longtemps.
Cet hommage s’accompagne de réflexions sur le devoir de mémoire légué aux jeunes générations (Mémorial polonais de La Targette à Neuville-Saint-Vaast, Anneau de la Mémoire à Lorette). Une cinquantaine de photos et d’illustrations agrémente l’exposé et rend plus vivant le destin des engagés volontaires.
Puisse cet ouvrage contribuer au maintien de la mémoire des Polonais engagés dans la Légion étrangère en 1914 – 1915 au service de la France et de la Pologne, « pour qu’ils ne meurent pas une deuxième fois » (Roland Dorgelès, Les Croix de Bois, 1919).