Sur la demande insistante du Boss, et contre la volonté de Chopin qui n’approuvait pas cette initiative, nous avons créé un orchestre de bal, appelé « Les Salamandres» qui, dès le départ, était composé de Bernard Dutkiewicz à l’accordéon et à la guitare, de Bogdan Kochowicz à la batterie, de Jedrzejak au piano, de moi-même à l’orgue et chanteur, et de Max Lubinski (de son vrai prénom Patrick). Y participèrent également et occasionnellement Gabriel Garçon, Pierre Hummel et René Zalisz, assurant le chœur ou l’intendance, plus exactement l’installation des instruments. Cet orchestre se situait dans le prolongement d’un autre orchestre qui fut monté au Grand Séminaire de Velaines, en Belgique, et composé de Marian Walesa, Marian Furmaniak, François Dyjak, Stanis Adamski, Smalcerz et Eddy Ligmanowski lequel, quelques temps auparavant, nous initia au Gospel et Negro-Spirituals.
Notre orchestre fut très souvent sollicité. Nous donnions effectivement de nombreuses représentations, la plupart du temps à la demande du Boss qui, parfois s’improvisait batteur, révélant ainsi ses faibles dispositions pour occuper ce poste alors qu’il était persuadé du contraire. Mais…c’était le Boss !
A l’Internat, à l’occasion de certaines manifestations, c’est dans la « jadalnia » (le réfectoire), aujourd’hui complètement rasée, que nous donnions nos prestations, souvent ponctuées de remarques provenant du Boss : « Nie tak glosno ! », avec, bien entendu, l’approbation de Chopin toujours hostile à nos interventions jugées trop bruyantes à son goût !
Il nous arrivait d’être invités dans les paroisses qui nous réservaient un accueil chaleureux.
Du coup, le Boss nous incita à nous mesurer aux plus grands et nous demanda d’animer le bal du zlot, qui se déroulait comme chaque année lors du dernier dimanche de juin à Vaudricourt. Ce que nous fîmes, malgré les faibles moyens dont nous disposions. On s’en était bien sorti quand même ! Il est vrai que les musiciens étaient hors-pairs….
Nous eûmes aussi le plaisir de jouer à Monceaux-les-Mines, lors d’une intervention inoubliable qui marqua tous les esprits, au point que 50 ans après, les habitants de cette commune s’en souviennent encore…comme ont pu le constater Gaby Garçon (et son épouse) lors d’une conférence qu’il y donna, il y a de cela deux ou trois ans.
Si la direction de l’orchestre m’incombait, pour autant, au cœur de celui-ci, Max régnait en maître. C’était pour lui son lieu d’expression où il donnait la pleine mesure de son talent, et son refuge où il se recueillait et se ressourçait. Il adorait jouer de la guitare. Balbutiant au début, il finit par maîtriser magistralement cet instrument, au point de pouvoir exécuter toutes les partitions. Mais par-dessus tout, il adorait improviser. La musique était son univers qui lui permettait d’exprimer tous ses dons musicaux, mais aussi certains traits de sa personnalité.