Episode 6 L’amitié musicale franco polonaise

Les états de l’eau, les états de la musique : Une seule musique, mille visages

Un jour Simon (Zygmunt) Juskowiak musicien multi "cordes" des Hauts de France m’expliquait qu’il n’y a pas des musiques, mais Une Musique.
Comme il n’existe qu’une seule molécule d’eau, capable pourtant de se métamorphoser en glace, en liquide ou en vapeur, la musique se transforme selon l’état intérieur de celui qui la crée ou qui l’interprète.
Pour l’eau, tout dépend de la température.
Pour la musique, tout dépend de l’émotion humaine, cette matière première infiniment variable, fragile, ardente, parfois indomptable.

Ainsi, les « états » de la musique sont les états du cœur. Parce que l’émotion de l’homme est plurielle, sa musique sera plurielle.
On ne peut donc opposer un genre musical à un autre : chacun est une manière différente de dire la même chose, la joie, la peine, la prière, la nostalgie, l’élan vital.

Pluralite de la musique

La joie peut éclater dans un air folklorique, se déployer dans une page symphonique, s’élever dans un chœur sacré ou swinguer dans un jazz New Orleans… et pourtant, c’est toujours la même source, la même eau, la même musique faites que de sept notes seulement et ... !

C’est précisément là que se loge l’amitié franco‑polonaise dans le domaine musical.
Elle ne se limite pas à un style, à une époque ou à un répertoire : elle circule comme un courant souterrain entre les peuples, elle change de forme, elle se colore de traditions, de migrations, de rencontres.

Elle passe par Chopin à Paris, Paderewski et son engagement musical et patriotique en France, par les chorales de la Polonia, par les jazzmen des corons, par les compositeurs contemporains qui portent encore aujourd’hui une inspiration slave dans des langages nouveaux. Nous avons déjà eu l’occasion, il y a quelques années, de présenter ce patrimoine sur cette page: Richesse musicale de la Polonia 

Cette amitié musicale est une même eau, mais qui a traversé deux terres, deux histoires, deux sensibilités. Et chaque fois qu’elle se manifeste, dans un violon populaire, un oratorio, un piano romantique ou un swing incandescent, elle rappelle que la musique n’a pas de frontières : elle n’a que des notes de musiques, sept notes qui se répondent dans des registres différents.

Liens musicaux entre la France Pologne : une histoire longue, profonde, et toujours prête à être partagée

Le flux musical entre la France et la Pologne ne date pas du XIXᵉ siècle : il est bien plus ancien. Il commence dès le Moyen Âge, lorsque les premiers missionnaires, moines et lettrés venus de l’Ouest apportent en Pologne le chant grégorien, le plain‑chant, les modes ecclésiastiques et les premières formes d’écriture musicale.

Pendant des siècles, les monastères polonais ont chanté la même liturgie que Cluny, Saint‑Denis ou Solesmes.

C’est le premier pilier du dialogue musical franco‑polonais : une musique sacrée commune, un langage spirituel partagé.

Dès le XIᵉ siècle, des moines venus de Cluny, de Cîteaux ou de Saint‑Denis apportent en Pologne le chant grégorien, la notation neumatique et les premiers manuscrits liturgiques. Pendant des siècles, les abbayes polonaises de Tyniec, Jędrzejów, Henryków ou Wąchock ont chanté la même liturgie comme dans les monastères français.

Plusieurs moines polonais, formés à Morimond, Clairvaux ou Paris, rapportent en Pologne les innovations françaises : polyphonie, ars nova, notation carrée. C’est le cas de Wicenty de Jędrzejów qui a probablement été formé dans les abbayes-mères françaises de Morimond et a contribué à introduire en Pologne les manuscrits liturgiques cisterciens.

Ce dialogue ancien, discret mais profond, constitue la première trace du flux musical franco‑polonais : une musique sacrée commune, un langage spirituel partagé. Tout débute au milieu des années mille deux cents...

Composé en 1253 par Wincenty z Kielczy, dominicain de Racibórz, Gaude Mater Poloniae est un chant polonais construit sur une mélodie grégorienne occidentale, héritée de la tradition bénédictine. Il fut chanté pour la première fois lors de la canonisation de saint Stanislas en 1254, puis devint le premier hymne national polonais. Les chevaliers le chantaient après leurs victoires, faisant résonner en Pologne une musique née du plain-chant médiéval européen. Nous vous proposons une interprétation par la chorale de l’internat saint casimir de Vaudricout.

Pour ceux qui souhaiteraient aller plus loin dans la connaissance de ces racines ouest européenne des chants grégorien polonais voici  le site spécialisé recensant des centaines de manuscrits liturgiques numérisés, dont plusieurs polonais (Płock, Tyniec, Jędrzejów).

Du Moyen Âge à la Renaissance : un socle commun

Le chant grégorien circule entre les deux pays via les ordres religieux. Les polyphonies franco‑flamandes influencent les chapelles royales polonaises. Les premiers manuscrits musicaux polonais portent la trace directe des écoles françaises.

Ce socle liturgique et savant prépare le terrain pour les échanges musicaux plus visibles des siècles suivants. 

Jakub Polak (1545-1605), premier pont musical entre la Pologne et la France

 

Jakub Polak est probablement un des premiers passeurs de musique de Pologne vers la France. C’est un luthiste et compositeur polonais de la Renaissance. Né vers 1545, il commence sa carrière comme musicien de cour à Cracovie où régnait alors un roi français. Lorsque Henri III (Henryk Walezy) décide de quitter la Pologne pour devenir roi de France Jakub Polak va le suivre.

À partir de 1574, Polak s’installe à Paris et devient luthiste officiel de la cour de France. Réputé pour son art de l’improvisation, ses préludes et ses danses, il est l’un des tout premiers musiciens polonais dont la présence en France soit solidement documentée. Figure singulière, à la fois polonaise par ses origines et française par son activité, il incarne l’un des premiers ponts musicaux directs entre les deux pays, bien avant l’époque de Chopin.

Jakub polak

Musiciens polonais précurseurs de Chopin à Paris :

Parmi eux :

  • Adam Jarzębski (1590–1649), violoniste, compositeur, voyageur, séjourne en Europe occidentale, dont la France, vers 1610–1612. Il observe et décrit les pratiques musicales françaises dans ses écrits.
  • Muzycy królewscy polscy (musiciens du roi de Pologne) sont présents dans des cérémonies françaises lors des échanges diplomatiques. (Les noms individuels sont rarement conservés.)
  • Des musiciens polonais seront aussi enrôlés dans les troupes françaises. Plusieurs hautboïstes, tambours, fifres d’origine polonaise apparaissent dans les registres militaires du XVIIᵉ siècle. Ils sont souvent notés comme “Polonais” sans nom complet. Leur présence est liée aux alliances franco‑polonaises contre les Habsbourg. 

Musiciens polonais dans les académies et salons (XVIIIᵉ siècle)

À partir du XVIIIᵉ siècle, on voit apparaître des musiciens polonais voyageurs, formés en Italie ou en Allemagne, qui passent par Paris parmi lesquels :

  • Feliks Janiewicz (1762–1848), violoniste virtuose né en Pologne qui séjourne à Paris dans les années 1780. Il publie des œuvres chez Imbault, l’un des grands éditeurs parisiens. Il joue au Concert Spirituel, institution majeure de la musique française. Il est probablement le plus important musicien polonais en France juste avant Chopin.
  • Franciszek Lessel (1780–1838), Compositeur, élève de Haydn. Il séjourne à Paris au début du XIXᵉ siècle. On le retrouve dans les cercles musicaux polonais de Paris avant l’arrivée de Chopin.
  • Maria Szymanowska (1789–1831) est une pianiste virtuose, figure européenne qui publie à Paris et se produit dans les salons parisiens. Elle est considérée comme la précurseure directe de Chopin dans le style du nocturne. Elle est la grande figure féminine polonaise à Paris avant Chopin.
  • Józef Elsner (1769–1854) est compositeur et futur professeur de Chopin. Il séjourne à Paris sous l’Empire et fait jouer certaines de ses œuvres en France. Il représente le lien pédagogique entre la Pologne et Paris avant Chopin.

Musiciens polonais de la diaspora napoléonienne (1807–1815)

Après la création du Duché de Varsovie, de nombreux Polonais rejoignent les armées napoléoniennes. Parmi eux, des musiciens militaires : Tambours, trompettes, cornets, hautboïstes polonais intégrés dans les régiments français. ertains restent en France après 1815. Ils participent à la vie musicale locale (fanfare, musique de garnison). Les noms individuels sont rarement conservés, mais la présence est attestée dans les archives militaires françaises. Ces musiciens deviennent parfois, professeurs de musique, membres de fanfares civiles, musiciens de théâtre, animateurs de bals et salons.

Quand Napoléon III envoie le corps expéditionnaire au Mexique (1861–1867), il mobilise, des régiments français, des unités étrangères intégrées, et leurs musiques régimentaires. Or, dans ces musiciens militaires, on trouve encore des descendants ou survivants de la diaspora polonaise napoléonienne, ou des musiciens polonais naturalisés français. Les sources militaires et mémorialistes rapportent que : Certains musiciens d’origine polonaise sont envoyés au Mexique dans les musiques de régiments. Ils jouent lors des réceptions diplomatiques, des bals, des rencontres politiques entre Français, Mexicains et partisans de Maximilien. Des témoignages évoquent des musiciens « venus de Pologne ». Les archives ne donnent pas toujours les noms, mais la présence est attestée.

Et n’oublions pas que cette Mazurka de Dąbrowski (Jeszcze Polska nie zginęła), futur hymne national polonais a été écrite en Italie dans un contexte militaire lié aux légions polonaises au service de Napoléon.

L’histoire de la présence des musiciens polonais à Paris est dense et continue. Depuis la fin du XVIIIᵉ siècle jusqu’au début du XXᵉ. Paris est devenue, pour plusieurs générations d’artistes venus de Pologne, un creusé musical majeur, un lieu d’apprentissage, de carrière et parfois d’exil.

XIX° siècle : une influence durable sur la vie musicale parisienne

Les élèves et professeurs polonais dans les Conservatoires français

Après l’insurrection polonaise contre la Russie, une vague d’exilés arrive en France. Parmi eux, de nombreux musiciens deviennent : chefs de musique de garnison, facteurs d’instruments, professeurs, chefs d’orchestre. C’est dans ce contexte que s’installent Chopin, mais aussi des compositeurs comme Albert Sowinski, auteur du premier dictionnaire biographique des musiciens polonais.

Plusieurs musiciens polonais brillent au Conservatoire de Paris : Henri Wieniawski, prodige du violon, premier prix à 11 ans, son frère Józef Wieniawski, pianiste, Édouard Wolff, compositeur fécond pour le piano, Charles Mikuli, élève et éditeur de Chopin Au XIXᵉ siècle, les musiciens polonais marquent profondément Paris : par leur virtuosité, par leurs compositions, par leur rôle dans les salons, les concerts privés, les théâtres, par la diffusion des formes polonaises (polonaise, mazurka, nocturne).

Cette présence n’est pas marginale : elle constitue un véritable chapitre de l’histoire musicale de Paris. Sur cette page la BNF et Biblioteka Narodowa ont publié un page sur le patrimoine commun que se partage nos deux nations. Une page avec du texte mais surtout des liens pour découvrir les femmes et les hommes qui ont constitué ce trésor musicaux. Pour chaque chapitre il vous est proposé une riche bibliographie. Musiciens polonais, une page à conserver dans vos archives .

Chopin : le point d’inflexion romantique

Lorsque Frédéric Chopin arrive à Paris en 1831, il ne fait pas que devenir un compositeur français d’adoption : il réintroduit en France une Pologne musicale déjà nourrie de traditions anciennes. Ses mazurkas, polonaises, rythmes populaires sublimés, deviennent un pont entre les deux cultures. Chopin est la source vive du courant moderne franco‑polonais.

Je n’en dirai pas davantage sur Fryderyk Franciszek Chopin, non pas parce que je souhaite marginaliser ce grand Franco‑Polonais, mais parce qu’il existe déjà une abondance de documents consacrés à ce musicien majeur. Son œuvre, sa vie et son influence ont été étudiées sous tous les angles : musicologique, historique, littéraire et même politique.

En 2010, année du bicentenaire de sa naissance, la Pologne a célébré « l’Année Chopin » par une série d’initiatives remarquables.

A cette occasion, un document fil d’Ariane a été publié sur le site des Casimiriens, donnant accès à de nombreux fonds et archives essentiels.

On y trouve notamment quatre brochures PDF intitulées Magazyn Chopin au bas de la page WEB;  près de quatre‑vingt‑dix pages riches en curiosités et analyses. 

Certaines de ces pages seront détaillées dans le prochain épisode intitulé “Arts picturaux”. Nous découvrirons que Chopin fut ainsi un journaliste et un illustrateur, amateur.

Ce document sur Fryderyk Franciszek Chopin est disponible ICI

Paderewski : l’artiste qui unit deux nations

À la fin du XIXᵉ siècle, Ignacy Jan Paderewski prolonge ce lien fort entre nos deux pays. Virtuose célébré en France, compositeur, homme d’État, il incarne l’artiste européen avant l’heure.
Il fait dialoguer les deux pays par la musique autant que par son engagement politique et humanitaire.

Je vous invite à découvrir le parcours musical et quelques curiosités (ciekawostki) concernant cet homme d'exception dans cette vidéo revue de presse.

Oskar Kolberg : la mémoire profonde de la Pologne

Pendant que Chopin et Paderewski brillent, Oskar Kolberg collecte, transcrit et analyse pendant cinquante ans le patrimoine musical polonais. Son œuvre monumentale Lud devient la bibliothèque vivante du folklore polonais.
Sans Kolberg, il n’y aurait pas eu de groupe de chorale et de danse comme Mazowsze ou Śląsk, et bien sûr pas de groupes folkloriques polonais dans les corons et cités, toutes ces petites Pologne qui se sont créés dans les cités ouvrières de la France dans la première moitié du XX° siècle ni bien sûr aujourd’hui comme les groupe Syrena à Roche la Molière, WICI à Argenteuil ou encore la Chœur des mineurs polonais de Douai, le Choeur Polonium à Lyon ou la Chorale Piast à Paris.

La Polonia de France : une musique enracinée dans les corons des Petites Pologne

La musique dans le baluchon

Quand ils sont arrivés pour travailler dans les mines du Nord, de l’Est ou du Tarn, ou encore dans les champs de la Somme ou du Périgord, les Polonais n’avaient presque rien. Leur bagage se résumait souvent à un simple balot noué dans un drap, quelques vêtements, une icône, un missel. 

Mais dans ce maigre paquet, ils avaient su glisser l’essentiel : un violon, une clarinette, parfois même des dudy, cette cornemuse polonaise au son grave et ancestral.

À peine installés dans les corons, les musiciens se retrouvaient. Très vite, comme le montrent les recherches de Janine Ponty et d’Edmond Gogolewski et bien d'autres, ils fondèrent des chorales, des orchestres, des fanfares, souvent dès les premières semaines d’installation. La musique était un refuge, un ciment, une manière de recréer une ambiance polonaise au cœur des cités françaises.

La musique comme lien familial

Dans beaucoup de familles, la musique n’était pas seulement un loisir. Elle constituait un lien supplémentaire, un langage commun qui soudait les générations. Le père, après une journée au fond, reprenait sa clarinette ou son violon. Parfois il enseignait aussi l'art de poser les doigt sur le clavier du piano ou les touches de la clarinette. Il jouait pour les fêtes du coron, mais aussi pour animer les mariages polonais, comme au pays.

Jusko mariageLa mère, en plus de la fabrication des kluski, des pierogi et des longues journées de travail, s’occupait souvent de la chorale du bourg, du patronage ou de la paroisse.

Les enfants, eux, après l'école communale du village avec l'apprentissage des fables de la Fontaine, apprenaient à danser le krakowiak, le Kujawiak, la polonaise, et participaient aux activités des Sokół, où l’on mêlait gymnastique, discipline, patriotisme et culture.

Ainsi, la maison entière vibrait au rythme des répétitions, des chants, des fêtes religieuses, des bals du samedi soir.

Souvenons‑nous de l’orchestre Stéphane Kubiak, qui réunissait le frère, l’épouse, la fils et la fille autour d’une même passion. Pensons aussi aux familles Lisiecki et Juskowiak, qui ont brillé aussi bien dans le jazz, la musique sacrée, la musique symphonique et la musique de chambre de l'orchestre créé dès les années 20 sans oublier l’animation des mariages polonais, perpétuant une tradition venue tout droit des villages de Pologne.

Aujourd’hui encore, cette dynamique familiale demeure au cœur de nos orchestres. Beaucoup sont de véritables ensembles familiaux, comme les Frères Bardzinski ou les Wesołe Chłopaki, où plusieurs générations jouent ensemble, transmettant un répertoire, un style, une manière d’être sur scène.

Ces formations rappellent que, dans la Polonia, la musique n’a jamais été seulement une affaire d’artistes : c’est une histoire de famille, un héritage vivant, un fil qui relie les générations.

La musique permettait, d’une certaine manière, de rester polonais tout en devenant français. Elle offrait un espace où l’on transmettait la langue, les gestes, les mélodies, les valeurs — un lieu intime où l’identité se tissait au quotidien, sans jamais s’opposer à l’intégration.

Je pense en particulier au groupe KSMP Wiosna de Rouvroy, qui a même enregistré un disque en polonais, composé de titres issus du répertoire musical français des années 50. Un geste magnifique, presque symbolique : prendre des chansons françaises, les chanter en polonais, et en faire un pont entre deux cultures. C’est la preuve éclatante qu’on peut être pleinement français sans jamais perdre son âme polonaise. La Polonia n’a jamais choisi entre les deux : elle a fait coexister les deux cœurs, les deux langues, les deux musiques. Et c’est cette harmonie qui fait sa force. Ces chansons transposées du français au polonais sont à découvrir plus bas dans cet épisode...

Une floraison incroyable de groupes

Il est difficile d’en évaluer le nombre exact. Mais selon Ponty et Gogolewski, chaque ville, chaque bourg, parfois même chaque coron, possédait son groupe de musique, sa chorale, son ensemble de danse. On parle de plusieurs centaines de formations, nées entre les années 1920 et 1930, animées par des ouvriers-musiciens qui travaillaient au fond le jour et répétaient le soir dans une salle de patronage, une baraque en bois ou une cuisine trop petite.

Ces groupes n’étaient pas de simples divertissements. Ils étaient des lieux de solidarité, de transmission et de dignité, où l’on apprenait aux enfants à chanter en polonais, où l’on préparait les fêtes religieuses et patriotiques — notamment celle du 3 mai, célébrée dans toutes les grandes métropoles de France : Lille, Metz, Couëron, Montceau‑les‑Mines, Roche‑la‑Molière, Cagnac‑les‑Mines, et tant d’autres. Il suffit d’ouvrir le Narodowiec des années 50 à 70, en particulier ses pages 7 et 8, pour mesurer l’ampleur de ces manifestations : processions, concerts, défilés, concours de chants, représentations théâtrales, bals, conférences, fêtes scolaires… Chaque week‑end, la Polonia organisait plus d’événements culturels que les Français eux‑mêmes, comme le rappelle Christian Nowicki, animateur de la page Nowa Polska dans L’Avenir de l’Artois dans la vidéo que nous vous avons présentée à l'épisode 6 Littérature et presse .

Des expositions pour poursuivre l'histoire de nos musiciens ...

 

 

Affiche orchestres

 

Évidemment, il était impossible de tout dire sur la richesse musicale de notre Polonia.
Ce que vous venez de lire n’est qu’un aperçu, une porte entrouverte sur un univers immense, tissé de fanfares, d’orchestres, de bals, de fêtes paroissiales, de chœurs, de rock’n’roll minier et de traditions transmises de génération en génération.

Pour prolonger ce voyage, vous aurez toutes latitudes pour compléter ce parcours en vous rendant à Bruay‑sur‑Escaut, où sera présenté un hommage exceptionnel aux mineurs et aux orchestres polonais qui ont tant fait danser nos parents et grands‑parents et les groupes de danse folkoriques.
Cette exposition, à ne surtout pas manquer, a été conçue et montée par Serge Kondracki, fondateur et animateur de l’association Les Enfants de l’émigration Polonaise.

Vous disposerez de presque de tout le mois de mai pour vous y rendre. Et franchement, cela vaut le coup de profiter d’un long week‑end de mai pour remonter dans le Nord, visiter cette exposition, et ressentir cette mémoire vivante qui continue de battre dans nos corons.

Et puisque vous serez dans la région, faites un détour par le chêne Stanis, cet arbre venu de Pologne, planté comme un symbole : des racines polonaises qui s’enfoncent dans la terre française, exactement comme nos mineurs ont travaillé, aimé, souffert et construit ce sol français.
Un arbre‑mémoire, un arbre‑hommage, un arbre‑passeur.

Stop ! Arrêtons les Bla Bla ...

J’aurais pu continuer des pages et des pages tant l’histoire culturelle et musicale de la Polonia en France est vaste, foisonnante, profondément humaine. Chaque ville, chaque coron, chaque famille possède sa mémoire, ses chants, ses fêtes, ses visages. Ce que j’ai esquissé n’est qu’un aperçu de cette richesse.

Pour celles et ceux qui souhaitent aller plus loin, je ne peux que recommander la lecture des travaux de Janine Ponty et d’Edmond Gogolewski, deux chercheurs aujourd'hui disparus qui ont patiemment documenté la vie quotidienne, les associations, les fêtes, les écoles, les orchestres et les solidarités de la diaspora polonaise. Leur œuvre éclaire avec précision ce que tant de familles ont vécu et transmis. Feuilletez aussi les pages des journaux polonais, Narodowiec, Tygodnik Polski disponibles gratuitement en ligne. Les liens pour accéder à ces journaux sont disponibles dans l'épisode 7.

Je conseille également de consulter la page et les liens associés :  Associations culturelles polonaises en France  sur le site COLISEE consacré aux cultures de l’Europe de l’Est. On y trouve une mine d’informations, de repères historiques et de portraits d’associations qui prolongent, jusqu’à aujourd’hui, l’héritage des pionniers venus des mines, des usines et des campagnes françaises. Ainsi que cette page sur la BNF et ses liens.

Pour ceux qui cherchent à identifier les associations polonaises actuelles je leur conseille de consulter le site du collectif de la Polonia des Hauts de France et son annuaire et le magnifique site encyclopédique Traces polonaises en France une caverne d'Alibaba polonaise d'initiative personnelle, gratuite et digne des plus grandes banques de données et sa page Facebook où vous pourrez suivre au jour le jour chaque respiration de notre Polonia. 

Un exemple à suivre : Celui de Monique et André Jaskulski 

Comme l’ont fait Monique et André Jaskulski, j’invite les acteurs musicaux d’aujourd’hui à coucher sur le papier leur expérience, leurs émotions, leurs vibrations. Le travail réalisé par ce couple passionné est remarquable, et je vous encourage vivement à le découvrir dans ce document

Encore Bravo Monique et andré pour ce travail et votre partage. Un exemple! C’est un document précieux, un véritable trésor de mémoire, que chaque chorale, chaque groupe folklorique, chaque association culturelle devrait réaliser, diffuser et conserver. André est un membre de ce choeur de mineurs polonais de Douai mais avec ce travail il en devient aussi l'historien. et pourquoi pas écouter un medley, florilège de chansons polpulaires polonaises  de ce choeur de mineur de Douai. André Jaskulski est aussi chanteur dans ce choeur. Comme le montre notre viéaste de la Polonia, Bernard Konczak, quand le Choeur dess mineurs se produit, la salle et pleine.

Ce patrimoine n’est pas seulement un souvenir : il demeure vivant, vibrant, transmis de génération en génération. Et c’est peut‑être là le plus beau témoignage de la force de la Polonia. Tous les documents en rapport avec ce chapitre devraient être collectés et archivés ; à la bibliothèque polonaise où sur le site Traces polonaises en France ou bien d'autres ...

Entrons maintenant dans le cœur du sujet : écouter, vibrer, vivre la musique

La musique polonaise n’est pas faite pour être seulement racontée : elle est faite pour être entendue, écoutée, ressentie, partagée. Et c'est ce que nous allons faire maintenant.

Je vous propose donc un concert virtuel, mais bien réel et vivant, en trois parties. Un voyage musical où chaque mélodie, chaque voix, chaque rythme vous ramènera vers vos racines, vos souvenirs, vos grands‑parents, vos villages, vos fêtes. Nous débuterons par du chant grégorien pour terminer dans les salles de danse comme au Gaiti à Lens, salle que les membres de la Polonia des Hauts de France connaissent. Et même par du rock & Roll et du RAP !

Et pour terminer, un thé dansant, comme autrefois dans les salles des fêtes des cités minières : un moment où chacun pourra chanter, danser, sourire, retrouver un geste, un pas, une chanson que l’on croyait oubliée. Et pourquoi pas le souvenir d'un petit flirt ! Qui sait ? 

Un concert virtuel, oui… mais un concert plein de vie, où la musique polonaise continue de battre, de vibrer, de rassembler.

23 avril 2026 : Grand concert de nos deux nations.

La musique avec ses sept notes, toujours les mêmes depuis des siècles, mais capables de s’arranger en une infinité de combinaisons, d’harmonies et de couleurs. Sept notes qui savent se glisser dans tous les registres, du plus sacré au plus populaire, du plus ancien au plus contemporain, et qui résonnent tour à tour en latin, en français et en polonais, sans jamais perdre le fil qui relie les deux rives de cette histoire : le couple France–Pologne.

Car c’est bien cela qui a été raconté ci-dessus : une musique qui circule, qui voyage, qui se transforme, qui se transmet. Une musique qui traverse les siècles comme un pont vivant entre deux cultures qui n’ont cessé de se répondre, de s’inspirer, de s’accueillir.

Affiche 2

Voici maintenant un concert où se croisent, sans hiérarchie ni frontière : les voix anciennes du chant grégorien, les couleurs de la Renaissance et du luth de Jakub Polak, les danses nobles, polonaise, mazurka, oberek, le piano incandescent des virtuoses polonais, les harmonies populaires de Mazowsze, Syrena, Śląsk, les fanfares militaires, le jazz des corons, et même les rythmes urbains du rap, héritier moderne de la parole libre.

Toutes ces musiques, si différentes en apparence, racontent pourtant la même histoire : celle d’un dialogue ininterrompu entre la France et la Pologne, d’un fil musical qui traverse les siècles, les peuples et les générations.

Ouvrons la scène : la musique va enfin parler.

  • Commençons notre concert par ce chant grégorien en Latin : Gaude Mater Poloniae. Composé au XIIIᵉ siècle par Wincenty de Kielczy, moine dominicain et chroniqueur, ce chant fut longtemps considéré comme l’hymne médiéval de la Pologne. Les chevaliers polonais le chantaient après leurs victoires, et il accompagnait les grandes cérémonies nationales, religieuses et dynastiques.

À tout seigneur tout honneur : je vous propose ici l’interprétation réalisée par la chorale de l’internat Saint‑Casimir de Vaudricourt, où j’ai moi‑même chanté. En mai 1966, nous avons eu l’immense privilège d’interpréter ce chant clair et solennel dans la basilique Saint‑Pierre de Rome, lors des célébrations du millénaire du baptême de la Pologne. Vous le savez : à l’époque, le régime communiste polonais avait refusé la venue du pape en Pologne, redoutant, on ne sait trop quoi, l’élan spirituel et populaire qu’aurait suscité sa présence. C’est donc à Rome que s’est déroulée une partie des célébrations, et c’est là que, jeunes choristes, nous avons fait résonner ce chant vieux de sept siècles, symbole d’une foi, d’une histoire et d’une identité que rien n’a pu étouffer. A découvrir dans cette vidéo avec quelques souvenirs casimiriens. 

  • Continuons avec deux interprétation de musique de la renaissance composée par Jakub Polak déjà cité plus haut. avec cette intertrétation à la guitare de Courante interprété parUros Garic  et avec cette autre interprétation d'une autre courante au luth interprétée par Ieva Baltmiskyte
  • Pour celles et ceux qui aiment la musique baroque du XVIIᵉ siècle et même les autres, voici vingt‑cinq minutes de baroque polonais authentique, interprété sur instruments anciens. Cette vidéo est particulièrement intéressante, car elle vous permettra de découvrir des instruments aujourd’hui disparus des scènes, aux sonorités aussi rares que fascinantes. Les commentaires, d’une grande richesse historique et musicale, sont en français, ce qui ne gâche rien au plaisir de ce spectacle sublime, à la fois érudit et profondément vivant. A découvrir absolument en ces jours de célébrations de l'amitié musicale France Pologne.

Passons maintenant au XVIIIᵉ siècle avec Chopin. Non, je ne vous proposerai pas ici des interprétations par des sommités comme Rubinstein ou autres maîtres consacrés.

Il a quelque chose de profondément symbolique dans cette video: c’est un fils de mineur de Marles‑les‑Mines, dans le Pas‑de‑Calais, qui interprète, sur les terres mêmes de Chopin, la célèbre Polonaise héroïque. Un véritable retour aux sources, un geste musical qui relie la Pologne et le Nord de la France par un fil de mémoire, de travail et de dignité. Il s'agit d'une vidéo amateur de qualité moyenne, mais cette vidéo mérite d'être connue.

Oui on peut jouer Chopin dans d'autres registres que le classique. La muisique est fonction de l'état émotionnel de celui qui l'écrit mais aussi de celui qui l'interprète. Comme l'humeur de l'homme est plurielle, la musique qu'il exprime est elle aussi plurielles. N'en déplaise à certains.

  • Voici une scéne que Oskar Kolberg a certainement pu découvrir au XIX° siécle durant son périple de cinquante ans pour perréniser cet immortel folklore polonais. découverez ce Oj zabraj mi muzyko par le groupe Rokiczanka. au début de ce clip découvrez à quoi ressemblée la Pologne lorsqu'au XiX° siécle. 
  • Coninuons avec ce medley de Krakowiak interprété par le célèbre groupe Mazowsze. Do tanca ...
  • Deux vidéos que j'ai réalisées autour d'enregistements réalisés dans l'entre-deux guerre en Pologne. Elles sont illustrées avec des images casimiriennes. Vous pouvez chanter ces chansons, les paroles tirées du spiewnik de l'internat saint Casimir sont en incrustation. Tyrolskie tango nous replonge dans le charme des vieux tangos polonais, avec cette couleur sonore si particulière qui mêle nostalgie, virtuosité et douceur d’un autre temps. Dans cette autre vidéo, la chanson que vous connaissez tous a été revistée par une troupe de jeunes polonais avec beaucoup d'entrain, de virtusoité et d'humour un bijou à écouter et réécouter; en chantant puisque les paroles apparaissent en incrustation. 
  •  

    Toujours plein d'humour et d'entrain, Szczepko et Tońko chantent une chanson dédiée à ce qui est, sans aucun doute, la plus jolie ville de Pologne : Tylko we Lwowie, dans le film Włóczęgi de 1939. 

  • Cette vidéo, présentant Ostatnia niedziela, interprétée par Mieczysław Fogg en 1936 est un véritable trésor. Elle vaut non seulement par la virtuosité et l’élégance de l’interprétation, mais aussi par les images exceptionnelles de Varsovie, avant que la ville ne soit presque entièrement détruite par les nazis.

    On y découvre une capitale vibrante, élégante, pleine de vie — un monde disparu dont il ne reste aujourd’hui que quelques traces. Cette archive musicale et visuelle constitue ainsi un témoignage bouleversant, où la nostalgie de la chanson rencontre la mémoire d’une ville martyrisée. Le titre est presque prémonitoire : un dernier dimanche pour Varsovie

Ainsi s’achève la première partie de notre concert, consacrée aux musiques nées en Pologne avant la tourmente, avant que la barbarie ne s’abatte sur le pays. Des chansons polonaises qui ont vu le jour dans un monde encore debout, juste avant l’invasion brutale et inhumaine perpétrée en septembre 1939 par ces deux voisins monstrueux : le Nazi et le Soviet.

Concert deuxième partie ...

Teraz jest wojna ! maintenant c'est la guerre : 

Cette période, aussi sombre fût‑elle, a pourtant été d’une fécondité musicale étonnante. La guerre, les blessures, la peur et la mort n’ont jamais empêché les Polonais de chanter. Au contraire : ils ont chanté pour tenir debout, pour se donner du courage, pour rester humains quand tout autour s’effondrait.

Dans les caves de Varsovie, dans les forêts des partisans, dans les camps, sur les routes de l’exil ou au front, la chanson est devenue une arme fragile mais essentielle, une manière de dire : nous sommes encore là.

Il existe aujourd’hui en Pologne une nouvelle génération d’artistes qui redonne vie aux chansons de la Seconde Guerre mondiale.

  • La jeune troupe Ferajna z Hoovera, que vous découvrez ici, en est un exemple éclatant : énergie, fraîcheur, précision vocale, et ce respect profond pour les chants qui ont accompagné les insurgés, les soldats et les civils dans les heures les plus sombres. Leur travail mêle enthousiasme et fidélité, comme si la jeunesse d’aujourd’hui tendait la main à celle de 1939‑1944. Voici leur interprétation de Teraz jest wojna.
  • À leurs côtés, les Warszawiaki (grupa teatralna Warszawiaki) poursuivent depuis des années ce même chemin : revisiter les chansons de Varsovie, les faire résonner dans les rues, les places, les théâtres, et rappeler que ces mélodies ne sont pas des reliques, mais des fragments vivants de l’âme polonaise. Voici une vidéo qui rappelle le premier septembre 1939, jour où les Nazis envahissent la Pologne : Wrog napadl na Polske . Les images sont belles, l'interprétation est magnifique, pleine d'ironie, d'humour, et pourtant c'est la guerre ...

Ces deux troupes, mais bien d'autres encore, prouvent que la mémoire peut être transmise non seulement par les livres et les monuments, mais aussi par la musique — cette musique qui, hier comme aujourd’hui, aide à tenir debout.

Depuis 2006, sur cette grande place de Varsovie, en plein cœur de l’été, quelque chose d’unique se produit : une ville entière se met à chanter son histoire. Dans ce concert « Warszawiacy śpiewają (nie)zakazane piosenki », les voix se mêlent, les générations se répondent, et les chansons de la Seconde Guerre mondiale retrouvent leur force première — celle d’un peuple qui refuse de se taire.

Pour être complet ou presque sur le sujet voici Zakazane piosenki le tout premier film polonais réalisé après la guerre, mais c’est aussi une œuvre produite sous contrôle soviétique, dans la Pologne nouvellement placée dans la sphère d’influence de Moscou. Le film met en scène les chansons nées dans la Varsovie occupée, mais il ne montre qu’une partie de la réalité : toutes les références aux combattants de l’Armia Krajowa, qui se sont battus non seulement contre les nazis mais aussi contre l’Armée rouge, sont absentes.

  • C’est pour cela que des chants comme Chłopaki z AK, à revoir ICI et qui rendent hommage aux résistants polonais persécutés par le NKVD après 1945, n’apparaissent pas dans le film. Il ne fallait surtout pas faire de la peine au bon tyran qu'était Staline et à son armée rouge ! 
  • Malgré ces limites imposées par la censure de l’époque, le film Zakazane piosenki reste un témoignage précieux : celui d’un peuple qui, même sous l’occupation, a continué à chanter pour survivre, se soutenir et rester humain. Vous connaissez tous ce Siekiera motyka pilka. Il figure dans ce film comme bien d'autre. Notez que tous les chanteurs qui apparaissent dans le film sont des artistes amateurs. Je vous recommende le visonnage de ce film en entier même s'il occulte totalement ces héros polonais qui ont combattus les Soviets.

Concert, troisième partie...

Cette troisième partie sera exclusivement consacrée aux compositeurs polonais de France.

  • Félix Lisiecki, fils de mineur du bassin de Lens, a grandi dans cette terre où la musique accompagne le courage quotidien. Fondateur du Hot Club de Lens, il a fait entrer le jazz dans les corons, avant de composer un oratorio d’une grande profondeur… et même l’hymne du Racing Club de Lens, preuve éclatante que la musique, quand elle est vraie, peut se décliner dans tous les registres.

Chez lui, tout circule : le swing, le sacré, la ferveur populaire. Félix est un magicien musical, capable de passer de l’un à l’autre sans jamais perdre son âme — ni celle de son public. De nombreuses informations complémentaires ainsi que cetrainede ces oeuvres sont disponibles sur la page du site Casimirien Richesse musicale de la PoloniaRichesse musicale de la Polonia

 

  • Raymond Katarzynski (1935‑2015) est une des grandes figures du trombone français, né dans une famille polonaise du Pas‑de‑Calais. Musicien complet, il a traversé tous les univers avec une aisance rare : classique, contemporain, jazz, variété. Formé à Lille puis au Conservatoire de Paris, il a côtoyé les plus grands, de Michel Legrand à Serge Gainsbourg et a laissé une empreinte profonde dans l’histoire musicale française. Son parcours disponible sur cette page du site casimirien raconte celui d’un enfant de l’immigration polonaise devenu un maître de son instrument, capable de faire dialoguer les mondes, les styles et les générations. Un artiste discret, mais essentiel 

  • Pascal Szymczak apparaît comme l’un des compositeurs les plus singuliers issus du Douaisis, porté par une inspiration résolument slave. Entré au Conservatoire de Douai à neuf ans, passé par la musique baroque, la direction d’ensemble et la viola da spalla, il a su tracer un chemin profondément personnel. Dans l'épisode 1, nous avons déjà eu l'occasion d'apprécier son Balada Zofii qui mêle tradition, lyrisme et modernité. Son parcours est détaillé sur cette page casimirienne.

Il a composé ce poème symphonique en quatre mouvements Polskie cztery pory roku, (un peu comme les quatre saisons de Vivaldi) dont les quatre mouvements sont disponibles toujours sur cette page du site casimirien Richesse musicale de la Polonia. Mais je vous propose ici de découvrir  cette composition pour piano intitulée Pleurer les larmes de mon coprs.

Chez lui, la musique n’est jamais décorative : elle raconte, elle relie, elle fait surgir des paysages intérieurs où résonnent à la fois la Pologne ancestrale et la sensibilité d’un créateur d’aujourd’hui. Un musicien qui compose comme on respire : avec sincérité, avec mémoire, avec âme.

Et maintenant si nous dansions, si nous chantions !

Sans aucune hierarchie je vous propose maintenant un florilège de chansons polonaises qui ont égayés les rassemblement, les bals franco polonais. Une heure de danse.

Commençons par une polka de circonstance : 

Notons que les orchestres de bal polonais ont très souvent chanté des chansons mi‑polonaises, mi‑françaises. Ce choix n’était pas anodin : il disait clairement qu’ils ne souhaitaient pas s’enfermer dans l’entre‑soi, mais au contraire partager leur musique, l’ouvrir, la faire circuler. Cette musique entraînante, gaie, joyeuse, était faite pour tous, pour les voisins français, yougoslaves et autres émigrés venus de partout autour de la Méditerrannée,  comme pour les familles polonaises, pour les jeunes comme pour les anciens.

Hier comme aujourd’hui, cet esprit d’ouverture reflète parfaitement l’amitié centenaire franco‑polonaise : une culture qui ne se replie pas, mais qui se mêle, se transforme, se transmet, sans jamais perdre son âme.

Pour continuer dans ce registre voici 3 chansons du répertoire français qui ont été traduite et arrangées en polonais par Stanislaw Ratajski et Casimir Modrak (alias monsiuer l'abbé Casimir Grabas) compositeurs, arrangeurs et dirigeants du célèbre KSMP Wiosna de Rouvroy ces adaptations ont été enregisté en 1959.

  • Gdy Deszcz Przyjdzie adaptation du célèbre Quand la pluie viendra de Gilbert Becoud
  • Otworz mi raz na zawsze adaptation de La Ronde méxicaine des Compagnons de la Chanson devient
  • et le Tom Pilibi (Eurovision 1960) de Jaqueline Boyer donne en Polonais Jasienek moj ma zamki dwa 

  • Dans la même veine voici le tout premier rock’n’roll polonais, composé par les mêmes Ratajski et Modrak, dans une interprétation éblouissante du KSMP Wiosna de Rouvroy ? Un morceau audacieux, inattendu, où l’on entend un solo de clarinette endiablé, véritable prouesse technique, qui n’a rien à envier à l’énergie de Gene Vincent ou de Buddy Holly. Cette performance, à la fois joyeuse et virtuose, montre combien nos orchestres savaient mêler tradition polonaise et modernité venue d’Amérique, avec une liberté et une créativité qui forcent encore l’admiration. Si ce rock polonais est étonnant, son histoire l'est tout autant à découvrir ICI.

Et comment ne pas terminer ce thé dansant

Mc Lakpo raconte l’histoire de nos aïeux venus travailler dans les mines et les champs du Nord, « 2‑3 trucs dans la valise », mais la foi au cœur et le courage au corps. Il évoque les corons, les traditions, les costumes, la Czarna Madonna, les secrets de famille, les identités enfouies, les racines qu’on croyait perdues et qui reviennent frapper à la porte. Il rappelle que préserver ses racines, c’est sublimer les fruits de ses branches, et que six lettres coulent dans nos veines : P‑O‑L‑S‑K‑A

Le clip mêle avec une émotion rare les images du bassin minier, les visages d’aujourd’hui, les symboles d’hier, et même une superbe interprétation de Hej Sokoły par le Chœur des Mineurs Polonais de Douai, qui fait vibrer toute la mémoire ouvrière et migrante du Nord. C’est un rap puissant, rassembleur, profondément humain, qui touche autant les descendants de Polonais que ceux qui découvrent cette histoire pour la première fois.

Polonia est donc la conclusion naturelle de notre épisode, une chanson qui relie les générations, qui réconcilie les mémoires, qui célèbre la fraternité franco‑polonaise avec force, tendresse et vérité. Un souffle, une accolade, un « sto lat » murmuré à travers le temps.

Comme toujours dans les thé dansants les danseurs réclament un dernier morceau. Aujourd'hui je vous propose encore Mc Lapko qui dans ce clip raconte, en mode rap mélodieux, lumineux et profondément identitaire, l’histoire de Stanis, enfant de la Polonia du Nord, devenu journaliste, voyageur et témoin du monde. 
Sur un rythme gai, entraînant, presque dansant, MC Lakpo mêle fierté, mémoire et modernité pour célébrer un siècle de présence polonaise dans les cités minières. Le refrain, très accrocheur, revient comme un appel : ne pas oublier d’où l’on vient, transmettre, rester fier, rester vivant.

C’est un rap à l’âme slave, mais lumineux, accessible, presque fédérateur à découvrir ICI, un pont entre les anciens, les jeunes, les familles, les “chtiski” et tous ceux qui portent cette histoire. 

SI vous voulez continuer à danser aller sur le site de Bernard Konczak vous y trouverez des centainesd'autres vidéos.

Tous les artistes de cette épisode vous remercient pour votre attention.

Merci à toutes celles et tous ceux qui ont suivi cet épisode consacré à la musique franco-polonaise. Nous avons fait de notre mieux, avec cœur et fidélité, et nous espérons vous avoir offert un moment de joie et de partage — comme le faisaient nos anciens, qui savaient si bien faire chanter la vie.

Dziękujemy wszystkim, którzy obejrzeli ten odcinek poświęcony muzyce francusko‑polskiej. Zrobiliśmy wszystko, co w naszej mocy, z sercem i wiernością, i mamy nadzieję, że podarowaliśmy Wam chwilę radości i wspólnego przeżywania — tak jak czynili to nasi dawni, którzy potrafili sprawić, by życie samo zaczynało śpiewać.

Scene franco polonaise

 

ZEDER (Zalisz René), saint gervais le 24 avril 2026.

Journee amitie franco polonaise logo cmjn 7

Date de dernière mise à jour : Saturday, 25 April 2026